Année 2021. Semaine 14.

 

Paparazzi : beaucoup d’entre nous ont connu l’époque glorieuse des paparazzi. Ces hordes de photographes poursuivant les stars pour réussir le cliché le plus scandaleux à mettre en première page des magazines spécialisés dans la vie tumultueuse des célébrités. Une relation toujours ambiguë entre le business de la notoriété et les paparazzi souvent décriés. Les uns ayant besoin des autres. Les vedettes pour qu’on parle d’elles, les seconds pour gagner le plus d’argent possible. Pas mal de stars se sont brûlées les ailes à ce petit jeu. Des personnalités à la célébrité internationale comme Michael Jackson ou Britney Spears ont d’abord cherché l’attention des objectifs, pour faire la couverture des magazines, pour occuper l’espace médiatique. Mais le jeu est dangereux et il est impossible de sortir de la spirale infernale lorsque la simple volonté de faire parler de soi se transforme en calvaire. Scandales sur scandales, de la star qui dort dans un caisson à oxygène à celle qui se rase la tête… l’enfer n’est pas loin. Il peut même tuer, nous aurons là une pensée pour Lady Diana.

Cette époque est révolue. Avec l’apparition des réseaux sociaux, chacun devient son propre paparazzi. Des milliers de selfies sur Instagram et autres réseaux. Les stars se chargent elles-mêmes de montrer les coulisses et de faire scandale. Madonna aime poster elle-même des clichés qui hystérisent les fans et les médias. Mais avec ce système, saurons-nous encore produire des stars de la trempe de celles que je viens de citer ? Si chacun s’occupe de sa propre image sur les réseaux, soudain tout devient contrôlé, lisse, une recherche du buzz maîtrisé. Ce qui est lisse est éphémère, cela n’intéresse le public qu’un court instant. Surtout, il faut poster des photos de soi tous les jours là où à l’époque un cliché de Paris Hilton sortant ivre d’un bar faisait le bonheur des médias pendant un mois. Les scandales et les photos volées contribuaient à la notoriété et à asseoir le statut de star. La robe de Sophie Marceau qui dévoile son anatomie fait le tour du monde, une starlette d’Instagram qui se montre nue c’est juste vulgaire.

Les paparazzi photographiaient les personnes intéressantes, parce qu’elles avaient un talent. Même si ensuite les scandales faisaient passer ce talent au second plan. Maintenant, n’importe qui peut se prendre en photo et avoir des milliers de followers en parlant de vide ou en gesticulant comme un possédé. Les starlettes qui émergent le temps d’un tube de l’été contrôlent leur image du début à la fin. Cela n’a aucun intérêt. Une starlette sans défaut n’est pas proche de son public, elle est juste aseptisée, loin de la vraie vie. On ne se passionne pas pour elle, on ne devient pas hystérique à la moindre news. C’est justement parce que les paparazzi montraient le côté humain des stars internationales qu’elles semblaient proches alors qu’en réalité elles étaient inaccessibles. Maintenant, pour percer, il faut compter uniquement sur son talent. Et là, les choses se corsent, parce qu’il y en a finalement très peu.

Nous avions Marilyn, Liz, Elvis, des icônes. Le glamour. Avec un talent incommensurable. Avec leurs faiblesses et leurs drames. Avec des fans inconditionnels même longtemps après leur disparition. Avec pour toujours des images en tête. Des références incontournables. Des personnages historiques. Désormais nous avons Pomme, Cerise, Fraise, Tarte et autres produits marketing interchangeables. Le fade. Avec un talent aléatoire pour ne pas dire inexistant. Avec une image lisse. Avec des drames fictifs. Avec des fans éphémères. Dont on ne se souviendra plus même avant leur disparition. Aujourd’hui tout le monde croit pouvoir devenir une star. Mais les stars sont du passé. Les objectifs des paparazzi se tournent vers les politiciens, se sont détournés des talents…

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Année 2021. Semaine 13.

 

Magritte : ceci n’est pas un confinement. Il faut cesser d’abuser du vocabulaire de la langue française. Les nouvelles mesures idiotes ne ressemblent en rien à un confinement, il est même instamment demandé d’être le plus souvent possible dehors ! De nombreux Parisiens imbéciles veulent fuir la capitale, ce qui est totalement stupide. Où que vous êtes dans Paris vous pouvez aller d’un bout à l’autre de la ville sans dépasser 10 kilomètres. Où est le confinement ? Selon leur logique il vaut donc mieux aller dans une résidence secondaire avec des magasins à plus de 10 km de distance que de rester en ville et de tout avoir à portée de main. Que feront-ils de moins avec cette règle des 10 km par rapport d’habitude ? Rien. Ceci n’est donc pas un confinement, mais purement et simplement une privation de libertés. La liberté d’aller dans un bar, dans un restaurant, dans un théâtre, dans un cinéma, dans un musée… Nous ne sommes pas confinés, nous sommes endoctrinés. Car si l’autre faisait vraiment confiance aux Français, tout serait ouvert. Le masque ne sert-il à rien ?

Ceci n’est pas une vague. Là aussi l’emploi du terme est totalement inepte. Il n’y a pas de vagues, juste un virus qui se transmet plus ou moins rapidement, qui mute, qui infecte, qui fait ce qu’il veut, comme le virus de la grippe. Parler de vagues c’est donner l’impression que nous, humains, maîtrisons un peu la situation. Nous faisons des trucs, les contaminations baissent, nous sommes tellement puissants. En réalité nous ne maîtrisons rien, personne ne le peut, les virus sont le moyen qu’a la nature pour faire un peu de régulation. Des virus il y en a toujours eu, il y en aura toujours. Une vague, ça monte, atteint son pic, s’échoue puis disparaît. Le virus ne disparaît pas, ce ne sont donc pas des vagues !

Ceci n’est pas une statistique. Il y a des statistiques que nous n’entendons jamais. Chaque jour on nous brandit le nombre d’infections, d’hospitalisations, de morts supposément du coronavirus. Mais qu’en est-il des morts dans les Ehpad à cause de la solitude ? Pas de statistiques journalières pour cela, il n’y a jamais eu et nous n’aurons jamais les chiffres. On peut bien se moquer de la Chine et de ses chiffres fantaisistes, nous ne faisons pas mieux. Et cette solitude, qui ne touche pas que nos aînés, et ces fermetures de commerces, ces faillites, combien y a-t-il eu de suicides à cause des mesures prises par le gouvernement ? Là il n’y a aucune statistique, on ne trouve rien, même sur Internet qui normalement sait tout. Pour être complet il faudrait connaître tous ces chiffres : morts dans les Ehpad, morts par suicide, morts après injection du vaccin. Mais on ne dira jamais rien puisqu’il s’agit de crimes d’État, purement et simplement.

Ceci n’est pas une corvée. Les écoles sont ouvertes, c’est la catastrophe, les parents s’insurgent, le virus y circule trop, il faut faire quelque chose. Bon, on ferme les écoles, les parents s’insurgent, c’est inadmissible, il va falloir s’occuper des gamins. Mais n’est-ce pas le but ? Chaque enfant est un projet, le fruit de l’amour, on lui porte donc un amour parfaitement inconditionnel. C’est un déchirement de les envoyer à l’école, c’est nous couper de cet amour merveilleux. On voudrait avoir les enfants avec nous en permanence, pour les voir grandir, pour s’en occuper, pour les éduquer. Bon, apparemment ce n’est pas le cas puisque lorsque l’école fait défaut, les enfants deviennent une charge insupportable qui empêche de vivre. Délaisser les aînés, ne pas supporter ses propres gamins, nous vivons vraiment dans un monde merveilleux ! Si on avait prévenu les parents avant, ils n’auraient pas fait d’enfants ?

Les mesures prises, la population les accepte, alors la population ne doit pas se plaindre. Dire qu’à une époque la France a connu sa Révolution parce qu’on avait privé ses habitants de la liberté de manger du pain…

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Année 2021. Semaine 12.

 

Instruction : cette période étrange met pas mal de choses en lumière. Ainsi, on remarque que, sur les réseaux, beaucoup d’élèves demandent la fermeture pure et simple des écoles. On entend surtout les lycéens, puisqu’ils ont l’âge d’aller sur les réseaux, l’âge légal pas toujours la maturité. Bien sûr, ces demandes peuvent en un certain sens être fondées, puisque le virus circule beaucoup dans les écoles et la situation y est gérée n’importe comment, comme partout ailleurs. Mais allons plus loin. Il y a quand même une majorité d’élèves, et cela ne date pas d’aujourd’hui, qui vivent l’école et donc l’instruction comme une contrainte. C’est épuisant d’apprendre ! Pas mal de choses seraient à améliorer dans le système scolaire, on peut toujours se perfectionner, c’est ce que l’école nous apprend… Le système français n’est quand même pas si mal quand il s’en donne les moyens. Apprendre des théorèmes mathématiques semble contraignant au premier abord et totalement déconnecté de la vie réelle. Au moins, cela permet à la majorité d’ensuite pouvoir compter puisque nous avons besoin des mathématiques en permanence ; savoir comprendre les chiffres, additionner, soustraire, diviser est essentiel au quotidien. Et puis, une petite frange des élèves se prendra de passion pour ces formules, ces derniers deviendront des économistes ou purement des mathématiciens, permettant aux connaissances humaines de grandir. L’école a pour but de transmettre ce que l’on sait, pour qu’ensuite l’humanité puisse aller plus loin.

Il en va de même pour toutes les matières, le système français imposant de tout explorer, c’est là une force qu’il ne doit pas perdre. La biologie permet de mieux comprendre la nature. La physique et la chimie permettent d’acquérir les bases pour réfléchir sur la marche de la science. Chacun donne son avis sur le vaccin à ARN messager mais si tout le monde avait écouté en cours on ne lirait pas tant d’âneries. Les cours de français donnent la liberté de savoir écrire, de pouvoir s’exprimer et de lire pour s’informer ou pour le plaisir. L’apprentissage des langues étrangères donne la possibilité de comprendre les autres, de s’ouvrir à des pensées différentes. L’histoire permet de se connaître soi, sa propre culture, d’où l’on vient, mais aussi de s’ouvrir au monde et de décrypter les événements actuels. La pertinence de la géographie est moins évidente, parce que je n’ai jamais aimé cette matière, donc je suis de mauvaise foi. Mais disons que c’est utile de savoir où est la Chine par rapport à la Russie quand on parle de ces pays aux informations. Oui je suis fâché avec cette discipline mais on m’a contraint à apprendre et je m’en porte mieux. La philosophie ouvre l’esprit. Même les heures de sport sont enrichissantes, donnant à chacun la possibilité de découvrir la discipline sportive qui lui convient.

L’instruction n’est pas une contrainte, lorsqu’elle ne perd pas de vue l’essentiel. Apprendre bêtement le théorème de Pythagore n’enrichit personne. Rabâcher par cœur des cours de physique, chimie, biologie, histoire, géographie… n’a aucun sens. Le cœur de l’instruction est de susciter la curiosité intellectuelle. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre, mais de donner la volonté d’apprendre, de déclencher la soif de connaître. Dans ce domaine nous vivons une belle époque. Pour qui veut savoir, réellement, sérieusement, il suffit d’un clic. Internet regorge de textes et de vidéos gratuits pour continuer à apprendre tout au long de sa vie. Bien sûr, à la base il faut que l’école ait allumé la flamme. Beaucoup de professeurs, de tous les niveaux scolaires, ont encore cette ambition. Certains, malheureusement, ont abandonné. Lorsque des élèves s’impatientent sur Twitter de la fermeture des écoles, c’est peut-être que la soif d’apprendre n’a pas été initiée, c’est donc un échec. Car lorsque les écoles ferment pour cause de virus, beaucoup vont se détourner de la connaissance, personne n’a fait naître chez eux la curiosité, l’envie d’en savoir plus, pour être éclairé, pour avoir la faculté de penser par soi-même. Comment faire pour que tous ces élèves ne voient pas l’école comme une contrainte mais une chance ? Peut-être en leur montrant à quel point on est dépendant, une fois adulte, lorsqu’on ne sait pas compter ou écrire. Lorsqu’on a tant pensé à fuir l’école qu’on ne sait pas gérer son compte en banque seul, qu’on ne sait pas remplir un simple document administratif, qu’on n’est plus capable de penser et qu’on se laisse asservir ou endoctriner, que cesser d’apprendre, cesser d’être curieux, c’est n’être plus qu’un simple animal. Ces derniers temps on crie assez facilement « Stop à la dictature », mais le seul moyen d’éviter une véritable dictature, c’est d’être instruit…

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Année 2021. Semaine 11.

 

Cinquième pouvoir : le pouvoir exécutif a depuis longtemps perdu de sa pertinence. Les décisions sont prises selon l’humeur du moment, sans vision à long terme, manquant ainsi de toute crédibilité. Le pouvoir législatif a lui aussi perdu de sa splendeur. Non seulement la plupart des lois ne sont jamais appliquées, mais en plus elles sont en grande majorité dictées par l’Union européenne et prennent du retard par rapport à l’air du temps. Le pouvoir judiciaire est encore plus ou moins puissant. Dur avec les faibles et faible avec les durs, il ne permet plus de réguler la société et d’effacer les inégalités. Il n’est jamais impartial non plus, manquant ainsi à son essence même. Le quatrième pouvoir, celui des médias, reste quant à lui très fort. Doucement, il se délite, se décrédibilise, est moins écouté. Mais son ascendance reste forte. Ce pouvoir peut décider de l’issue d’une élection présidentielle ou influencer constamment la pensée collective dominante. Le plus important est que désormais tout le monde doit composer avec un cinquième pouvoir : les réseaux sociaux. Ce pouvoir n’est pas Internet lui-même, assez inoffensif. Et les réseaux sociaux ne peuvent pas être inclus dans la sphère des médias, puisqu’il n’y a en théorie pas d’instance centralisée, pas de protection des sources et si les articles de journaux sont signés, les échanges sur les réseaux sociaux peuvent être anonymes.

L’année que nous venons de vivre est, si l’on y regarde de près, totalement dirigée par ce cinquième pouvoir. Il a profité de la déstabilisation mondiale, à cause d’un virus, pour s’imposer et devenir incontournable. Dans le monde politique d’abord. Nous vivons un tournant historique. Avant, pour juger de sa popularité en tant que politicien, il y avait les élections, mais aussi les sondages. Pour tester l’opinion, il y avait la possibilité du référendum, même si certains pays l’utilisent plus que d’autres. Maintenant, à travers les réseaux sociaux, l’opinion se dévoile en temps réel. Il n’est plus possible de dire quoi que ce soit sans déclencher l’ire des internautes, dont certains passent leur vie sur ces réseaux, au point que ces derniers deviennent leur raison d’exister. Un Tweet peut détruire une personnalité. Ce cinquième pouvoir est plus dangereux que les quatre autres parce qu’il réagit en temps réel. L’exécutif réfléchit, le législatif se soumet au parlement et au sénat, le judiciaire prend son temps et le médiatique vérifie ses sources. Rien de tout cela avec les réseaux sociaux, une goutte d’eau peut y devenir un océan, un simple souffle une tempête rageuse. Nous assistons à un phénomène effrayant : la politique se soumet au cinquième pouvoir, comme elle s’est soumise il y a longtemps au quatrième.

Les individus et les entreprises n’échappent pas à la puissance, souvent destructrice, de ce cinquième pouvoir. Pour les entreprises, si vous êtes mécontent, vous avez la possibilité d’appeler le service client, d’envoyer un mail ou une lettre. Ces efforts sont généralement sans effet. Par contre, postez un tweet rageur et l’entreprise réagira immédiatement. Le cinquième pouvoir est un levier incroyable, la réputation en ligne est devenue le souci principal des entreprises. Quelques mots sur les réseaux suffisent à faire réagir autant la Fnac que la petite librairie indépendante de votre quartier. Et bien sûr, ce cinquième pouvoir a également une emprise totale sur les particuliers. Ils permettent un harcèlement d’une violence sans commune mesure. Avant, lorsque vous faisiez un faux pas ou qu’on cherchait à vous déstabiliser, les actions étaient circonscrites à un territoire et un public limités. Maintenant, il est possible de se faire haïr et harceler à l’échelle de la planète. Un mot de travers et la haine se déchaîne contre vous. Pas seulement dans le monde virtuel, certains tweets peuvent conduire à la mort.

Ce cinquième pouvoir est effrayant parce qu’il est dépassé par son propre succès. Ses mastodontes, tous Américains, ont du mal à contrôler ce qu’ils ont créé. Eux-mêmes peuvent être détruits par leur propre création. Lorsque Facebook ou Twitter suppriment des publications ou un compte, les attaques fusent. Il y a du positif à ce cinquième pouvoir, mais majoritairement du très négatif. Exprimez un message de paix ou une pensée intellectuelle, vous n’aurez aucun écho. Crachez votre haine, vous deviendrez populaire. Ce cinquième pouvoir ne peut pas être maîtrisé par les quatre qui le précèdent, ces derniers doivent s’y soumettre. Nous ne parlerons pas de dictature, le terme est bien trop fort et ne s’applique pas puisque ce sont les utilisateurs qui donnent du pouvoir aux réseaux sociaux, ceci avec la plus grande des délectations. Nous avons entre les mains une arme et nous ne savons pas l’utiliser ou la maîtriser. Il serait grand temps de se poser et de réfléchir à la puissance de ce cinquième pouvoir, avant qu’il ne nous détruise.

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Année 2021. Semaine 10.

 

Éducation : cette semaine, le sujet qui a eu droit à un passage sur toutes les chaînes d’information, c’est Pépé le putois. Déjà, rien qu’avec cette première constation, on remarque le ridicule de notre société. On s’attaque aussi à Speedy Gonzales, ce sera la prochaine victime. Le premier ferait la promotion de la culture du viol, le deuxième du racisme envers les Mexicains. Dans les médias il n’y a évidemment personne pour rappeler que des générations ont grandi en voyant ces personnages à la télévision et que pourtant nous n’avons pas une génération composée uniquement de violeurs et de comiques se moquant des stéréotypes envers les Mexicains à longueur de spectacle. C’est parce que ces générations n’ont pas été élevées par la télévision, par des images, mais ont reçu quelque chose en plus et en parallèle : l’éducation ! Bien sûr, si on enlève non seulement l’éducation mais en plus l’instruction, comme c’est de plus en plus le cas aujourd’hui, alors ces personnages commencent à poser problème. Alors, il devient indécent de diffuser Autant en emporte le vent, on lui préfère La chronique de Bridgerton où tout le monde est sur un pied d’égalité même si d’un point de vue historique c’est une aberration. On veut oublier la réalité historique, pour imposer une image lisse et sans bavure. On ne peut plus non plus appeler un livre Les dix petits ***, utiliser le terme soulèverait les foules hystériques. Pour tout ce qui était normal par le passé, il faut désormais des avertissements, contextualiser, parce que les spectateurs ne sont plus ni éduqués, ni instruits. Ils ne peuvent plus prendre du recul par rapport à ce qu’ils regardent et deviennent ce qu’ils voient. Ce monde est effrayant.

Pépé le putois ne fabrique pas des violeurs et les séries ne fabriquent pas des racistes. Pourquoi faire une telle montagne de ces sujets qui n’émouvaient personne avant ? Peut-être parce que nous avons trop de temps libre et que, pour le combler, parce que beaucoup ne savent pas s’occuper, on crée des scandales et des problèmes là où il n’y en a pas. Historiquement il n’est pas si loin le temps où certains étaient occupés à travailler. Les paysans se levaient à l’aube pour trimer toute la journée avant de dormir paisiblement. Et je parle d’une époque où les paysans étaient nombreux. Ils n’avaient pas le temps pour des futilités. À l’autre bout de la société les nobles avaient certes du temps libre mais s’occupaient entre eux, à manigancer, à intriguer. Ils étaient futiles, mais à l’intérieur de leur classe sociale. Aujourd’hui, le travail n’occupe plus nos vies et la futilité est l’apanage de tous. C’est la raison pour laquelle on se crée de faux problèmes, on défend des causes sans fondement, on s’hystérise pour des âneries. On en arrive à un point où Pépé le putois prend plus de place que les violences à Lyon. Ce personnage imaginaire n’est peut-être certes pas de très bon goût, mais il fait moins de dégâts que la violence réelle. Devons-nous en conclure que nous préférons les problèmes imaginaires à ceux qui pourraient nous coûter la vie ?

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Année 2021. Semaine 9.

 

Margarita 2 : « Malgré votre psychopathie sanitaire, j’ai quand même passé une belle semaine à Paris. Le week-end j’ai pu me mêler à une foule énorme sur les quais de la Seine, comme si de rien n’était, comme s’il n’y avait pas de méchant virus. Même les masques ne semblaient pas obligatoires, c’était merveilleux. Malheureusement je n’ai pas pu sortir le soir, puisqu’il y a un couvre-feu comme pendant une guerre. D’ailleurs c’est un couvre-feu étrange puisqu’il permet à certains de se défouler durant toute la nuit en lançant des feux d’artifice ou pire contre des policiers ou en caillassant des pompiers. J’ai l’impression que chaque année, vous perdez de plus en plus le sens de la logique, du respect, de la civilité, c’est un peu triste.

Donc le soir j’étais dans ma chambre d’hôtel à commander des menus véganes, dans mon cas il est compréhensible que je ne mange pas d’animaux de la ferme… Et comme vos émissions de télévision sont absolument nulles, j’ai longuement surfé sur les réseaux sociaux qui n’ont de sociaux que le nom. Facebook est devenu terne, je trouve. Il ne s’y passe plus grand-chose. C’est sans doute normal puisque c’était le premier du genre, il prend de l’âge et ses utilisateurs aussi. Ce qui ne change pas c’est que tout le monde y fait son auto-promotion, dans un gigantesque dialogue de sourds, comme si lors d’une conversation tout le monde parlait mais que personne n’écoutait ou ne réagissait. Heureusement vous avez innové, avec TikTok. Des humains qui s’agitent dans tous les sens et où le nombre de likes est proportionnel au niveau de la débilité de la vidéo… Ce n’est pas très flatteur pour votre image.

Et puis il y a Twitter. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Ce que j’ai vu c’est purement et simplement un concentré de haine. On dirait que tout le monde est cruel sur ce réseau. J’ai pris une énorme bouffée de pessimisme et de méchanceté. Pourquoi vous vous détestez tellement ? Il n’y a que des critiques sur des pages et des pages, bien sûr elles ne sont jamais constructives. Le moindre petit événement devient le prétexte à une déferlante de haine totalement gratuite. Twitter devrait être interdit. Il y a sans doute des bons côtés mais j’ai eu beaucoup de mal à les trouver. Entre vous, vous êtes d’une violence absolument incroyable. Sur ce réseau par les mots, mais on sait que beaucoup de paroles finissent par se traduire en des actes terribles. Vous devez vraiment stopper toute cette haine. Bien sûr, Twitter n’est qu’une conséquence, il faudrait traiter la cause, ou les causes, parce qu’il y a de multiples sources à cette haine qui vous habite, qui est inutile et qui risque de vous perdre complètement.

Même moi, Margarita, j’ai du mal à être optimiste après avoir passé trop de temps sur les réseaux sociaux. Ils forment une petite dictature de la pensée unique où dès que l’on dévie, la rage explose. Peut-être que vous devriez arrêter d’y aller, ce serait une saine chose à faire. Instagram est plus sympa, j’ai passé des heures à faire défiler de jolies photos de Paris et de la France, ce pays qui regorge de tellement de richesses. Partager de belles choses, ça c’est bien, tout le monde a besoin de se rappeler que le monde est beau. À l’état naturel, déjà, parce que quand même la nature nous a fait un incroyable cadeau en nous offrant cette terre si merveilleuse, avec une diversité inépuisable, des paysages merveilleux, des animaux fascinants et parfois des dangers terrifiants, mais la Terre est belle. Et puis il y a toutes ces merveilles que vous, humains, avez créés. Il n’y a pas que sept merveilles du monde, mais des milliers ! C’est sur la beauté et vos richesses que vous devez vous concentrer, non sur les horreurs et la haine. Vous réussissez à rendre ce monde triste alors qu’il y a de la joie partout, si on prend la peine de la voir.

Ainsi, tandis que je vais retourner dans mon champ, je ne souhaite qu’une chose : vous retrouver en bien meilleur état dans un an. Vous avez déjà montré votre capacité à surmonter les pires épreuves, la plupart que vous avez vous-même mises en place. Prenez soin de vous, prenez soin des autres, arrêtez de vous détester mutuellement, arrêtez d’avoir peur de tout. Vous êtes forts, vous savez créer des merveilles, vous avez la capacité d’être l’espèce la plus heureuse de la planète. Relevez la tête et allez de l’avant. Sortez de ce marasme et laissez place au bonheur. Arrêtez de fabriquer vos propres problèmes, il y a déjà assez d’épreuves à franchir au cours d’une vie ce n’est pas la peine d’inventer des soucis artificiels. Je vous donne rendez-vous l’année prochaine, et alors on fera la fête comme des petits fous pour célébrer toutes les beautés du monde et tout simplement la joie d’être ensemble. Bisous bisous, Margarita. »

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Année 2021. Semaine 8.

 

Margarita : « Coucou les amis, c’est Margarita, non pas votre boisson mais votre vache préférée ! Vous ne vous attendiez pas à cette surprise. Je sais que vous avez annulé le salon de l’agriculture, mais moi je suis quand même venue à Paris, incognito. Rien du plus simple, avec le masque je passe totalement inaperçue. Ou alors c’est juste que les humains font tellement peu attention à leur prochain que plus personne ne remarque une vache dans le TGV, le métro et les rues de Paris… La dernière fois qu’on a parlé, la folie du virus venait à peine de commencer en France alors que tout devait rester à la frontière et ne pas sortir de Chine. Quelques jours plus tard, l’apprenti-président déclarait : “Nous sommes en guerre”. Non mais j’ai eu le lait qui a tourné en entendant ça. J’étais déjà prête à quitter mon champ pour rejoindre une usine et vous aider à fabriquer des bombes pour lutter contre les méchants. Au final, ce n’est pas grave du tout, puisque l’apprenti-président a le temps de jouer avec des youtubeurs. Faudrait savoir, c’est une guerre ou de la télé-réalité ?

Bon, aux États-Unis ce n’est pas bien mieux. À peine un mois après son arrivée, l’ehpad-président bombarde déjà la Syrie. Il doit vouloir faire comme le président dont il était le vice et qui a obtenu le prix Nobel de la paix en multipliant les guerres. Aucune logique ! Ou alors ce prix n’a tout simplement aucune valeur et n’est qu’une composante de la propagande mondiale. Plus sûrement, Robinette cherche à se faire un nom, sachant qu’il n’a aucun charisme et surtout aucun programme à appliquer. Quand bien même, on sait que les démocrates arrivent rarement à appliquer les mesures qu’ils veulent.

Mais je suis aussi très étonnée par votre comportement. Il y a un virus qui fait peur, surtout si vous regardez trop BFM ou Twitter, on vous impose des règles et vous ne respectez rien. Je suis arrivée à Paris à dix-sept heures hier soir. Alors certes, j’ai bien vu des gens faire la queue devant une boulangerie, masque sur le visage, respectant les distances de sécurité. Par contre, juste à côté il y avait un troupeau d’humains sans masque, bière à la main, agglutinés sur le trottoir, pour prendre l’apéro et s’échanger des postillons. Ce n’est pas très sérieux ! Et dans les régions où on impose le confinement strict le week-end, votre premier réflexe est de prendre la voiture et de partir dans un endroit non confiné pour mieux répandre le virus. Bon, je ne peux pas vous en vouloir puisque tous ces gestes barrière ne semblent avoir aucune influence sur un virus hyper mortel, selon la propagande.

Mais vous faites quand même des choses bien. J’ai vu les images de Mars. Il y a du monde qui s’intéresse à cette planète : les Chinois, les Émirats arabes, les Américains. Je pense que vous ne voulez pas y créer une vie meilleure, c’est plutôt l’appât du gain, cette planète est pleine de ressources intéressantes pour vos smartphones. Quand même, ce sont de belles prouesses technologiques. J’ai bien cherché et j’ai vu que la France a quand même participé. Elle est fière d’avoir fabriqué un laser pour le robot Persévérance. C’est bien, vous vous contentez de peu. Cet exemple pourrait être une allégorie de la géopolitique actuelle : il y a les mastodontes qui innovent et repoussent les limites de la science, qui ont encore l’esprit de conquête, à côté de ça les Européens qui tentent de sauver les apparences mais qui n’arrivent plus à être leaders.

Si un jour le voyage sur Mars devient possible, il faudra certainement un passeport. Mais d’abord, vous devrez subir un passeport vaccinal. Bon, le terme est trop fort donc l’apprenti-président a enlevé quelques lettres et ce sera finalement un passe vaccinal. Une fois de plus, cela ne semble pas provoquer de rébellion. Les politiciens ont trouvé la technique, déjà largement utilisée par le passé mais encore plus efficace avec les réseaux sociaux. Un ministre ou un adjoint au maire lance une idée, on observe les réactions. Si elles sont positives, un personnage plus important adopte cette idée, si elle est négative on laisse les sous-fifres éteindre l’incendie. Mais il y a aussi des idées qu’il faut absolument imposer, peu importe le mécontentement de la population. Alors, ils utilisent la technique Apple. La firme en abuse : pour vendre un produit, il faut créer la rareté. Un iPhone à plus de mille euros ? C’est du délire. Quoi, il n’y a qu’un stock limité ? Vite je me jette dessus. Depuis le début de la “crise”, c’est cette technique qui prévaut. Porter un masque ? Moi jamais ! Il y a un stock limité ? J’en veux, j’en veux, j’en veux. Le vaccin ? Moi jamais ! Il risque d’y avoir une pénurie ? Piquez-moi, piquez-moi, piquez-moi. Un passe vaccinal ? Jamais, je tiens à ma liberté ! C’est un privilège et tout le monde n’en n’aura pas ? Vite, tatouez-moi un code-barre sur le bras. C’est ainsi que la population se laisse avoir et c’est ainsi qu’aucune Révolution ne va éclater alors que le gouvernement va vous obliger à avoir un passeport pour circuler à l’intérieur de la France, pour avoir le droit de manger au restaurant, le droit d’entrer dans un théâtre ou le droit de payer un abonnement dans une salle de sport. Les “élites” ont bien travaillé, personne ne va protester, les cerveaux sont bien lavés. Un passeport qui permettra donc de consommer, mais pas d’enlever le masque, de se passer des gestes barrière ou de cesser de porter le virus sur soi. L’asservissement et le traçage de la population, beaucoup de dirigeants en ont rêvé, les 21e siècle le fait sans susciter aucune révolte, puisque ce sont les démocraties qui le font. Tout va bien dans le meilleur des mondes, dormons tranquillement pendant que l’humanité perd totalement sa santé mentale.

Moi je ne suis pas d’accord. Vous valez bien mieux que ça. Si je quitte mon champ une fois par an pour venir vous voir c’est parce que j’admire les êtres humains. Vous êtes capables de tellement de grandeurs. Vous savez créer des œuvres d’art prodigieuses, vous savez philosopher comme aucun autre animal de la planète, vous pouvez être d’une intelligence incroyable, mais vous savez aussi faire rire et inventer des technologies époustouflantes. Quand je viens ici je parle à des gens sensés. Ne vous laissez pas faire. Ne posez pas un genou à terre devant toute cette mascarade. Vous devez agir avant qu’il ne soit trop tard. Je ne veux pas vous voir vous abaisser au statut de simple bétail. J’ai toujours refusé qu’on accroche un numéro à mon oreille, pourquoi accepteriez-vous d’être tracés encore plus ? On vous suit déjà assez, grâce aux smartphones on sait où vous êtes, avec la carte de crédit on sait ce que vous achetez, avec les réseaux sociaux on sait ce que vous pensez. Je crois que ça suffit maintenant. L’apprenti-président à raison, vous êtes en guerre mais pas contre un virus, plutôt pour votre liberté !

Bon, moi je vais aller me promener en essayant d’oublier toute cette folie et me concentrer sur le meilleur de l’humanité. En espérant que votre grandeur ne fasse pas seulement partie du passé, mais que vous avez encore envie de briller, de créer, d’apprécier le bonheur d’être humain… Bises, Margarita. »

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Année 2021. Semaine 7.

 

Normalité : peu à peu, après une année très spéciale, une nouvelle normalité s’installe. La capacité d’adaptation, qui n’est pas propre à l’être humain mais focalisons-nous sur lui, est à la fois une chance et un piège. Une chance puisque nous pouvons nous adapter à presque toutes les situations. Non pas au travers d’une forme de résilience, comme on essaie de nous le faire croire, mais bien par résignation. Il arrive toujours un moment où nous avons l’impression de ne plus pouvoir lutter contre une situation et cela nous conduit à nous résigner à l’acceptation. Porter un masque est devenu normal, on s’habituerait même presque à ce que les restaurants, les cinémas, les théâtres et les salles de sport soient fermés. Parce que nous trouvons d’autres moyens pour nous adapter. Au lieu du restaurant on commande des plats livrés à la maison. Au lieu du cinéma on prend un abonnement à Netflix ou à un autre acteur du streaming. Au lieu du théâtre on fait encore une fois appel au streaming. Au lieu de la salle de sport, on s’entraîne chez soi ou on va courir dans un parc. Bien sûr, ce n’est pas la même chose. On peut visiter des musées virtuellement, mais rien ne remplace le contact physique, les sensations que l’on éprouve devant l’œuvre elle-même. Pourtant, nous avons cette capacité à nous adapter, qui a toujours été une force, surtout en temps de guerre ou de graves crises.

Mais cette faculté de s’adapter, comme écrit plus haut, est une résignation, ce n’est donc pas seulement positif mais également un danger. Nous pouvons nous habituer à tout et n’importe quoi, sans remarquer que le prix de cette adaptation est lourd. Il ne faut certes pas s’accrocher à un idéal de normalité, à un statu quo à préserver contre vents et marées. Le changement est permanent, ce serait idiot de ne pas l’accepter. Pourtant, ne baissons pas trop vite les armes. Lorsqu’une nouvelle normalité s’installe dans les esprits, les luttes s’épuisent, finissent par se taire et l’on perd ce à quoi on tient. Fermer les restaurants n’est pas normal. On s’adapte, mais il ne faut pas pour autant cesser de réclamer leur réouverture. Idem dans tous les autres domaines, ce n’est pas parce que nous avons la capacité de nous adapter qu’il faut cesser de vouloir retrouver ce que nous aimions. S’adapter ce n’est pas renier la liberté de se déplacer, d’aller au cinéma, au théâtre, à la salle de sport. Le danger est que notre résignation finisse par nous faire perdre ce que nous avions. Finisse par nous faire perdre l’espoir que nous pourrons retrouver ce que nous considérions comme la normalité.

Il est difficile de s’adapter sans se renier. Il ne faut ni résilience ni résignation. Il ne faut pas se laisser prendre au piège. Le masque, ce n’est pas normal. L’impossibilité de se déplacer où l’on veut, ce n’est pas normal. Les fermetures de commerces et de lieux de culture, ce n’est pas normal. Et surtout, ce n’est pas à un gouvernement de décider. Ce n’est pas à un gouvernement d’imposer une nouvelle normalité. Mais nous préférons la résignation à la résistance. Le virus, pour ceux qui le contractent, est certes violent. Pourtant, il y a toujours eu des virus et il y en aura toujours, de plus ou moins graves, de plus ou moins intenses. Sommes-nous arrivés à un point tel que nous sommes prêts à renoncer à ce que nous aimons par peur tétanisante d’un virus ? Si c’est le cas, alors oui, il faut définitivement adopter la nouvelle normalité et accepter un monde où pour toujours on porte un masque, on évite le contact avec les autres et dans lequel il faut une attestation pour se déplacer ou un QR code pour être tracé. Ou alors, nous arrêtons de confondre adaptabilité et résignation pour cesser d’avoir peur, cesser de chercher à survivre et simplement retrouver l’objectif principal : vivre pleinement.

PS : comme je l’avais prédit, on ne nous parle plus du COVID aux USA. Robinette fait vraiment des merveilles, quel saint homme…

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Année 2021. Semaine 5.

 

Nervosité : la nervosité est désormais palpable, partout. Chacun est en train de perdre patience, les nerfs sont mis à rude épreuve. La propagande semble découvrir que ce qui se passe depuis un an a des effets psychologiques sur chacun. Les morts dues à la solitude dans les Ehpad, lors du premier confinement, n’étaient pas un signal suffisant ! Il a fallu presque un an pour se rendre compte que la manière de traiter cette crise avait des effets plus dévastateurs sur la santé mentale que le virus sur la santé elle-même. Dans certains pays, ces effets psychologiques se traduisent déjà par des violences. C’est la raison principale pour laquelle en France, pays tout de même assez réputé pour être à fleur de peau, un nouveau confinement n’a pas été décidé. On préfère donner une chance aux Français de bien se comporter avant de les accuser de ne pas être assez sérieux et de présenter le nouveau confinement comme une punition. Ainsi, par la culpabilisation, on espère étouffer toute révolution. Puisque cette fois-ci c’est bien une révolution au sens premier du terme que la majorité veut : un retour à la situation d’avant, celle considérée comme normale. Pourquoi tant de nervosité ?

En premier lieu parce qu’il n’est plus possible de se projeter. Il n’est plus possible de prévoir quoi que ce soit à court, moyen ou long terme. Les atermoiements et revirements des autorités paralysent toute projection. Au sommet de l’État, on parle beaucoup pour ne rien dire. Faire une annonce pour annoncer qu’il y aura des annonces ne sert pas à grand-chose. On ne sait plus sur quel pied danser. Comment prévoir quoi que ce soit quand il est impossible de savoir s’il y aura des nouvelles mesures restrictives, un confinement dur ou mou, de nouvelles fermetures de commerces… Nous traversons une période où plus rien n’est prévisible. Le simple fait de se projeter en réservant ses vacances est devenu impossible. Quand l’être humain ne peut pas se projeter, il se sent enfermé, il n’a plus de soupape de sécurité, comme celle de rêver de plages ensoleillées pour supporter les journées de travail. Quand il n’y a plus aucun moyen de prévoir une récompense pour la peine endurée, le fardeau est plus lourd à porter.

Ensuite, parce qu’il n’est plus possible de s’évader. Des simples rencontres entre amis, dans un bar ou au restaurant sont impossibles. C’est pourtant la manière la plus efficace de se décharger de toutes les tensions, en discutant avec des proches ou des amis. La culture a elle aussi dû baisser le rideau, elle est pourtant l’occasion de s’évader, de se changer l’esprit. Certes, il y a beaucoup de moyens de se cultiver, de penser à autre chose. Des visites virtuelles de musées, des spectacles en streaming… il faut se réinventer même si on perd en intensité. Il n’y a rien de comparable au fait de se retrouver physiquement face à un tableau ou de vibrer « en vrai » pendant une pièce de théâtre ou un concert. Il reste la lecture, le seul pan de culture qui finalement résiste à toutes les restrictions. Mais il faut avoir l’habitude de se retrouver seul face à un livre et de se laisser transporter par les mots. Pour beaucoup la lecture se résume à dévorer le dernier best-seller de l’année sur une plage en été. Voilà l’occasion où jamais de redécouvrir que la lecture est bien plus que cela, de replonger dans les livres qui nous font voyager. Chacun doit trouver un moyen de s’évader en restant chez lui, sinon l’enfermement finit par ronger l’esprit, par rendre fou, par rendre nerveux.

Enfin, parce que la crise met en lumière la rétrogradation de la France. Au fond, nous aimons notre pays, nous voulons en être fiers. Cette année de crise nous fait malheureusement réaliser que nous avons perdu la grandeur passée. Nous n’arrivions pas à fabriquer des masques et nous étions déjà scandalisés, maintenant nous n’avons même pas la capacité de créer un vaccin, c’est encore pire. Pour se soigner, le pays de Pasteur est totalement dépendant des États-Unis, de l’Angleterre ou de la Russie, c’est tout simplement pathétique. Dans tous les domaines nous dépendons désormais de l’extérieur, la France n’est plus un pays leader, mais suiveur. Il ne faut pas négliger les effets de cette rétrogradation sur le moral d’un peuple. Il est difficile de rêver et d’espérer dans un pays qui ne semble plus avoir la capacité de réaliser ses rêves et ses espoirs.

Tout n’est pas sombre, contrairement à ce que l’on peut penser. L’espoir et la force se trouvent au niveau individuel. Beaucoup ont la capacité de surmonter les épreuves, de se réinventer, d’aider les autres. Essayons de ne pas oublier que tout ceci n’est qu’un mauvais moment à passer. L’horizon semble bouché, mais il faut continuer d’espérer. Pour faire baisser la nervosité ambiante il faut retrouver la faculté de se projeter. Ce n’est pas simple, mais en attendant il faut se focaliser sur le positif. Quand les masques viennent à manquer, les Français se mettent à en fabriquer. Quand certains plongent dans la pauvreté, d’autres se mobilisent pour les aider. Il faut parler plus de nos ressources personnelles, de notre humanité, de notre capacité à surmonter les épreuves. Parce que nous savons le faire, parce que c’est ça la véritable grandeur de la France : traverser toutes les épreuves grâce au système D.

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Année 2021. Semaine 4.

 

Réalité : observations de la réalité du terrain après l’instauration du couvre-feu à 18 heures à l’usage des dirigeants déconnectés de la réalité :

-à partir de 17h les rues sont pleines à craquer. Au lieu de répartir les foules, cette mesure concentre en un même endroit et à une même heure les travailleurs, les enfants qui reviennent de l’école, celles et ceux qui veulent faire leurs courses. Tout le monde se mélange sans possibilité de respect des distances de sécurité, c’est la fête du virus.

-le fameux apéro d’après travail, qui a conduit à décider l’avancée du couvre-feu, se tient désormais à 17h. Malgré toutes les mesures, devant plusieurs établissements des Français boivent un verre (en plastique) avec une heure d’avance. Ces groupes sans masque et sans distance de sécurité sont sur les trottoirs, avec la foule croisée dans le point précédent. C’est la fête du virus.

-à partir de 17h, tous les travailleurs franciliens se retrouvent en même temps dans le métro. Les quais sont si chargés qu’ils en deviennent inaccessibles. Les lignes de métro flanchent les unes après les autres, pour une fois non à cause de la RATP mais parce que mathématiquement les métros ne peuvent pas absorber tous les usagers en même temps. Quand on prend une mesure, il faut avoir les moyens de ses ambitions : forcer des centaines de milliers d’usagers à être dans les transports en même temps n’est pas réalisable. Il devient impossible de ne serait-ce qu’appliquer un millimètre de distanciation, c’est la fête du virus.

-à partir de 17h les magasins sont pleins. Dans les commerces alimentaires les queues aux caisses sont interminables. Il est quasi impossible de faire respecter le 4, 8 ou 12 (on ne sait plus) mètres carré par client. La foule se presse simultanément dans les magasins, c’est la fête du virus. Un seul commerce vous assurera la sécurité : les librairies, bien tristement vides alors que nous avons tant milité pour leur caractère essentiel.

-après 18h, il y a quand même encore du monde dans les rues et des fêtes dans certains appartements. On ne peut pas forcer les Français à arrêter de s’amuser, de décompresser, de rencontrer leurs amis.

Ainsi, en observant la réalité sur le terrain il est facile de se rendre compte que le couvre-feu à 18h est au mieux inutile, au pire totalement contre-productif et une aide à la propagation du virus. Il conduira à un troisième confinement, peut-être le 16 février pour laisser les soldes se terminer, l’argent d’abord.

Pendant ce temps, il est conseillé de ne plus utiliser les masques faits maison ou lavables. Officiellement pour des raisons scientifiques, de façon assez évidente pour des raisons économiques : le fait maison et le réutilisable ne rapportent rien ! Il faut consommer. Bien sûr, il est facile de critiquer. Le problème étant toujours qu’on ne peut pas savoir quel serait l’état sanitaire du pays sans toutes ces mesures. Il est ainsi difficile de mesurer leur efficacité, puisque nous n’avons aucune idée de ce qui se passerait sans. La Suède s’en sort bien sans cette frénésie… En tout cas, gageons que désormais nous entendrons moins parler des chiffres du virus aux États-Unis. Robinette est enfin au pouvoir, miraculeusement la situation va s’améliorer, puisque nous ne pointons du doigt que les pays dont nous n’apprécions pas les dirigeants. Et, selon la propagande, Robinette est dans le camp du bien…

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Année 2021. Semaine 3.

 

Censure : depuis le choc de la prise du Capitole, les grands acteurs d’Internet se sont ligués contre Donald Trump et ses partisans. Des milliers de comptes ont été fermés sur Twitter et Facebook. L’application Parler a cessé d’exister alors qu’Amazon a suspendu l’accès aux serveurs hébergeant les données. Les médias tentent de ne pas diffuser la parole de celui qui est encore président pour quelques jours. Cela révèle au grand jour, pour celles et ceux qui n’en avaient pas encore conscience, la puissance des géants d’Internet. Ont-ils raison de censurer la parole de toutes ces personnes ? La tension est palpable et dans l’urgence il faut bien réagir. Mais justement, la censure est toujours le dernier recours d’une société qui a échoué. Une société qui ne sait plus débattre. Une société dans laquelle on ne peut plus échanger des idées mais où chacun cherche à imposer ses idées. Les opposants à l’élection de Joe ne sont pas apparus du jour au lendemain sur Internet. Ils sont plus ou moins organisés, il y a des leaders d’opinion qui fédèrent une foule autour d’eux. Aurions-nous pu agir avant que la violence n’explose ? Bien entendu. Mais le propre de la société actuelle est de faire semblant que tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que la violence s’affiche sur les télévisions du monde entier. On ne cherche pas à soigner les causes, uniquement les conséquences. Le cœur et la grandeur d’une démocratie est de permettre le débat, la confrontation des idées. Mais plus personne ne s’écoute, plus personne n’échange. Il n’y a jamais une seule vérité, la diversité touche aussi les opinions, chacun a la sienne. Et tout va bien tant que chacun peut s’exprimer librement, par contre si l’on étouffe des opinions pour imposer une sorte de pseudo-vérité, la marmite finit toujours par exploser. La censure est l’outil de la défaite. Pendant ce temps, d’autres personnes peuvent exprimer des opinions bien plus graves et radicales sur les réseaux sociaux sans que leur compte soit supprimé, c’est un autre problème. La censure est contre-productive, puisqu’au lieu d’instaurer le dialogue et d’imposer la raison, elle conforte ceux qui sont censurés dans leur opinion et ne fait qu’aggraver le problème. Il vaut mieux que les opposants s’expriment librement, au moins on sait qui ils sont et ce qu’ils projettent, plutôt que de les cantonner à ruminer dans leur coin jusqu’à ce qu’ils commettent des actes graves.

Mais nous n’avons pas vraiment le temps de réfléchir puisque nous sommes totalement focalisés sur le virus, depuis plus d’un an, c’est épuisant. Un peu comme la censure, toutes les mesures prises depuis la découverte de ce virus sont autant d’aveux d’échec. Rien ne semble fonctionner, parce qu’il n’y a pas de logique, parce qu’individuellement les êtres humains ne sont pas raisonnables. Pourtant, nous pourrions agir très simplement contre la propagation du virus, sans rien imposer, si tout le monde jouait le jeu. C’est utopique, mais gardons toujours l’espoir d’un retour général au règne de la raison et de la logique. Imposer des mesures inutiles sous la menace d’une amende est contre-productif. Il faut aller au plus simple. Par exemple, il faudrait que les personnes qui ne travaillent pas, pour cause de chômage ou parce qu’elles sont à la retraite, sortent prendre l’air ou faire les courses pendant les heures où ceux qui travaillent sont au bureau. Ainsi, on ne se croiserait pas comme c’est le cas actuellement où les rues de Paris débordent de retraités à dix-huit heures. Pour les travailleurs, parce que chacun doit faire un effort, il faudrait leur permettre de décaler leurs horaires. Ainsi, les journées se dérouleraient de cette façon : le matin, nous laisserions d’abord les jeunes aller à l’école. Puis, ce serait au tour des travailleurs de prendre les transports et de se déplacer. Ensuite seulement, les non-travailleurs auraient les rues et les magasins pour eux. Le soir, ce serait l’inverse : les non-travailleurs sagement à la maison, les jeunes revenant de l’école puis seulement les travailleurs revenant du bureau. On ne se croiserait plus, il y aurait moins de monde en même temps dans les rues, les transports et les magasins. Ce serait déjà une belle avancée. C’est ce que ferait une société logique (en plus de porter un masque, se laver les mains, rester chez soi quand on est malade). Dotés de raison, les gens ne se réuniraient pas pour boire un verre le soir ou organiser des fêtes favorisant la propagation du virus. Cet effort commun, de respect mutuel, d’organisation rationnelle, ne durerait qu’un temps et aiderait à diminuer l’action du virus en évitant les confinements et le couvre-feu. Mais pour que cela fonctionne, tout le monde devrait respecter les règles du jeu… Il faudrait le faire, parce que si le vaccin présente un espoir, on attend encore que les doses de cet espoir soient disponibles.

À ce jour, toujours pas de nouvelles de Mauricette…

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Année 2021. Semaine 2.

 

Avis : j’aimerais pouvoir me faire un avis, après réflexion, sur ce début d’année 2021. Cela devient difficile. Nous sommes noyés par les informations, les contre-informations et la désinformation, tout change extrêmement rapidement. Le vaccin de Pfizer est livré avec un protocole strict, celui qui a été testé. D’après ce que je comprends, il faut une première injection puis 21 jours après la seconde. Soudain, l’Angleterre décide que la seconde injection peut avoir lieu bien plus tard, les autres pays d’Europe sont sur le point de suivre cette modification du protocole (pas pour raisons médicales mais pour cause d’impréparation et sans doute de manque de doses). Officiellement, bien sûr, cela ne change rien à l’efficacité du vaccin. Ils ne peuvent pas le savoir, puisque les tests d’efficacité ont été pratiqués avec une seconde injection à 21 jours d’intervalle. Et puis, miraculeusement, ce vaccin protège des variants du coronavirus (on ne dit pas mutants ce terme fait trop peur). Je ne suis pas médecin, donc je n’ai pas d’avis sur ce vaccin, simplement je trouve surprenant qu’on puisse modifier le protocole et que des variants surprises apparemment bien plus graves étaient déjà prévus. Pour ce qui est des effets secondaires, on nous a promis la transparence, c’est bien, même si ce mot ne veut plus rien dire à notre époque. Sauf erreur, nous n’avons aucune nouvelle de Mauricette, la première vaccinée de France. Ce serait une bonne opération de communication de la montrer à nouveau, puisqu’on espère qu’elle est en pleine forme. Niveau communication, nos élites devraient se faire vacciner en public. Le président ne peut pas puisque très opportunément il aurait eu la covid juste avant la sortie du vaccin, il ne peut pas le faire, il est immunisé. La première dame, par contre, pourrait montrer l’exemple… Il est donc impossible de se faire un avis éclairé sans être médecin, les signaux sont contradictoires, la communication est nulle, la transparence suspecte. La médecine peut réaliser des prouesses, donc dans le doute, disons que ces vaccins sont un espoir.

Difficile aussi de se faire un avis sur la prise d’assaut du Capitole à Washington D.C. De base, l’avis est facile à donner : c’est horrible, ces images étaient surréalistes. Nous sommes bien d’accord. Mais là c’est un avis de l’être émotionnel, dont je parlais la semaine dernière. L’avis éclairé c’est comprendre ce qu’il s’est passé. Les médias ont l’explication : Donald Trump a hystérisé des extrémistes de droite pour détruire la démocratie. C’est une explication, ce n’est pas toute l’explication. Car il y a des faits étranges. Il semblerait qu’on puisse entrer dans le Capitole comme dans un McDonald’s. On ne peut qu’être surpris, surtout un jour comme le 6 janvier quand sénateurs et parlementaires étaient réunis pour confirmer l’élection de novembre. Ensuite, il ne faut pas oublier que les causes sont plus profondes qu’une simple hystérisation par les réseaux sociaux. Parmi la population il y a un mal-être, un sentiment d’injustices (au pluriel puisqu’elles sont nombreuses), le sentiment qu’on nous manipule et nous cache des choses (que ce soit vrai ou non le sentiment de défiance est là). Ce sont des problèmes à prendre en compte et pour y remédier on en revient à la transparence. Malheureusement, nous n’allons pas vers plus de transparence mais plus de manipulation, de mensonges, de contes officiels détachés de la réalité. Heureusement, les réseaux sociaux sont là pour aider les dirigeants à mentir, le compte Twitter de Donald Trump a été tout simplement supprimé. C’est une atteinte à la liberté de parole. Là ce n’est pas un avis sur la teneur de ce qu’il dit, ce dont on devrait se scandaliser c’est qu’on l’empêche de le dire. On ne peut pas éradiquer les fake news ou les complotistes, on peut atténuer leur portée par la transparence et la vérité. Mais on ne sait plus qui croire. Et puis, on parle un peu moins des suites éventuelles de la violation du Capitole. Des documents et des disques durs ont été dérobés, y compris dans le bureau de la très mentalement stable Nancy Pelosi (écrire le contraire serait prendre le risque d’être censuré). Des informations compromettantes referont-elles surface ?

Voilà un rapide tour d’horizon pour montrer qu’il devient difficile de se faire un avis éclairé sur les événements et ce qu’on nous assène à longueur de journée. Bien sûr, il y a toujours eu plus ou moins de manipulation de la part des dirigeants. Du nuage de Tchernobyl s’arrêtant à la frontière au virus qui ne traversera jamais la frontière, la transparence n’a jamais été une vertu gouvernementale ou présidentielle. Mais nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la manipulation, globalisée, mondialisée. Le pouvoir de la censure est passé des mains des politiques aux mains des réseaux sociaux. Nous voulons juste la vérité, pouvoir réfléchir sereinement par nous-mêmes. S’il n’y a plus de référence, de source sûre et indiscutable, nous continuerons à avoir des fake news, des complotistes et des réactions hystériques aux événements…

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Année 2021. Semaine 1.

 

Comprendre : le Nouvel An est une occasion de faire la fête et de prendre des bonnes résolutions. Le passage d’une année à l’autre est uniquement symbolique. Le temps, lui, continue à filer immuablement. Chacun est conscient que dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, les problèmes du passé ne s’effacent pas, les compteurs ne se remettent pas à zéro. Il n’est pas question de tout recommencer à partir d’une page blanche mais bien de continuer avec ce que nous héritons de l’année précédente. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a aucun espoir, évidemment. Ce passage fictif d’une année à l’autre permet de faire le bilan des mois écoulés avant de fixer de nouveaux objectifs et d’aller de l’avant. Bien sûr, on peut faire de même chaque soir, en prenant du recul par rapport à la journée écoulée et en se promettant de faire toujours plus, toujours mieux, dès le lendemain.

Prendre le temps… C’est sans doute l’essentiel, une faculté qui se perd. Car tout va vite, c’est le sentiment que nous avons. Nous sommes connectés en permanence, beaucoup sont encore scotchés aux réseaux sociaux juste avant de dormir. Il semble vital de toujours faire quelque chose, d’occuper son esprit en permanence. Pour ne pas lui laisser le temps de se poser, de réfléchir, au fond nous avons peur de ce que seraient nos réflexions si nous prenions le temps de faire le bilan de chaque journée. La peur d’une certaine vacuité, car si l’on prend le temps d’y regarder de plus près, la plupart de nos activités sont vaines. Les informations passent à une vitesse folle, nous devenons des machines qui n’ont pour seul objectif que de compulser des données. Il nous en faut toujours plus et surtout, il faut réagir toujours plus vite.

C’est la raison pour laquelle nous demandons de l’émotionnel et c’est ce que les médias ou les réseaux sociaux nous fournissent, voilà pourquoi nous y sommes accros. Nous ne cherchons pas d’explications à ce qui arrive, nous voulons sans cesse quelque chose de nouveau, qui parle directement à nos émotions, pas à notre intellect. Lors de l’annonce d’un vaccin, ce n’est pas la réflexion qui a prévalu, mais l’émotionnel : ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, sans expliquer pourquoi on choisit l’un des deux camps, nous voulons juste nous affronter sur tout et n’importe quoi pour ressentir une émotion, occuper ce temps qui passe si vite. D’ailleurs on se plaint aussi de cette vitesse… Tout l’épisode du coronavirus sera resté au stade de l’émotionnel. Personne ne prend le temps d’expliquer vraiment ce qu’il se passe, on sort des chiffres, on montre des images dramatiques, on génère la peur. Et si on ne nous explique pas, c’est que nous ne cherchons que l’émotionnel, pas la raison, la logique, la réflexion. C’est un piège, évidemment.

Désormais, la société entière n’est basée que sur l’émotionnel. Par exemple, chaque année nous avons droit à ces histoires de gens dont les maisons sont inondées. On veut voir des larmes, de la souffrance, puis on libère l’empathie en faisant des dons. Mais si ce type de catastrophe se produit chaque année, c’est que nous ne sommes pas dans l’attitude de celui qui veut comprendre, seulement enfermés dans l’envie d’éprouver quelque chose. Nous ne cherchons plus les causes, nous ne nous attachons qu’aux conséquences. Pour revenir à l’exemple, la cause de ces inondations est certainement le fait que quelqu’un a autorisé des constructions sur des zones réputées inondables, cédant à la pression de concitoyens voulant leur maison au bord d’une rivière susceptible de sortir de son lit… Sachant cela il y aurait des décisions drastiques à prendre, mais nous ne voulons pas de remède, nous ne voulons pas affronter les causes, nous voulons notre dose quotidienne de mauvaises nouvelles, d’émotions à éprouver. Quand les hôpitaux sont débordés, on ne cherche pas la cause et donc on ne veut pas remédier au problème, on préfère gérer l’émotion en allant applaudir à sa fenêtre. C’est sympa, mais cela ne règle rien.

Le danger est qu’une société ne vivant que grâce à l’émotion devient manipulable. Car quelle est l’émotion qui nous fait le plus vibrer ? C’est la peur. Et certains savent en tirer profit, nous faisant peur en permanence : peur de l’autre, peur de la différence, peur de la culture, peur de la maladie, peur du vaccin, peur de l’amende, peur de perdre son commerce, peur de perdre son argent, peur de perdre les êtres qui nous sont chers… Si la peur est partout, c’est parce que nous avons soif d’émotions et que la peur est la plus simple des émotions à générer. La peur, nous la cherchons quand elle est absente : on parle de manèges à sensations, les sports extrêmes ont la cote. Nous avons peur de tout et nous aimons cela. Tout ceci nous fait oublier la faculté essentielle de l’humanité : la réflexion qui permet de comprendre. Comprendre, c’est ne plus avoir peur. Réfléchir, c’est résoudre les problèmes. S’il n’y avait plus de problèmes, s’il n’y avait plus la peur, nous devrions apprendre à vivre totalement différemment. Et pour l’instant, nous ne savons pas le faire, car paradoxalement la peur nous rassure, elle nous permet d’éprouver des émotions, de nous sentir vivre. Nous sommes enfermés dans un cercle négatif et nous n’avons même pas la volonté d’en sortir.

Réfléchir plus, et comprendre mieux, ce sont les seuls objectifs qui valent la peine s’il faut en choisir pour l’année qui s’ouvre. Grâce à cela, la peur ne disparaîtra pas, elle est utile en cas de danger immédiat, c’est l’instinct de survie. Mais la peur et l’émotion permanentes nous empêchent de progresser. Prenons le temps de la réflexion, de l’analyse, de la compréhension, pour avancer, nous améliorer, vivre plus sereinement…

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