Alfred Adler, Le sens de la vie.

« L’homme sait beaucoup plus qu’il ne comprend. »

« Le vrai sens de la vie se révèle dans la résistance que rencontre l’individu lorsqu’il agit d’une façon erronée. »

« Dans le courant de l’évolution, il ne peut y avoir d’arrêt : la recherche de la perfection nous entraîne. »

« Dans cette conception qui réunit des vues fondamentales de Darwin et de Lamarck, il faut considérer le “processus vital” comme une tendance dont la direction est maintenue, dans le courant de l’évolution, vers un but éternel d’adaptation aux exigences du monde extérieur. »

« La réalité de la vie, nous ne la ressentons jamais directement mais uniquement par la conception que nous nous en faisons ; c’est elle qui est déterminante. »

« Vivre, c’est se développer. »

Henri Bergson, L’énergie spirituelle.

« La conscience est un trait d’union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l’avenir. »

« Ni la matière ni la conscience ne s’expliquent par elles-mêmes. »

« La matière est d’abord ce qui divise et ce qui précise. Une pensée, laissée à elle-même, offre une implication réciproque d’éléments dont on ne peut dire qu’ils soient un ou plusieurs : c’est une continuité, et dans toute continuité il y a de la confusion. Pour que la pensée devienne distincte, il faut bien qu’elle s’éparpille en mots. »

« Ainsi la matière distingue, sépare, résout en individualités et finalement en personnalités des tendances jadis confondues dans l’élan originel de la vie. D’autre part, la matière provoque et rend possible l’effort. »

« La matière : par la résistance qu’elle oppose et par la docilité où nous pouvons l’amener, elle est à la fois l’obstacle, l’instrument et le stimulant ; elle éprouve notre force, en garde l’empreinte et en appelle l’intensification. »

« Le passé ne revient à la conscience que dans la mesure où il peut aider à comprendre le présent et à prévoir l’avenir : c’est un éclaireur de l’action. »

Henri Bergson, L’évolution créatrice.

« Ce qu’il y a de visible et de tangible dans les choses représente notre action possible sur elles. »

« La vérité est qu’on change sans cesse, et que l’état lui-même est déjà du changement. »

« C’est pourquoi notre durée est irréversible. Nous ne saurions en revivre une parcelle, car il faudrait commencer par effacer le souvenir de tout ce qui a suivi. Nous pourrions, à la rigueur, rayer ce souvenir de notre intelligence, mais non pas de notre volonté. »

« On a donc raison de dire que ce que nous faisons dépend de ce que nous sommes ; mais il faut ajouter que nous sommes, dans une certaine mesure, ce que nous faisons, et que nous nous créons continuellement nous-mêmes. »

« Le tout réel pourrait bien être, disions-nous, une continuité indivisible : les systèmes que nous y découpons n’en seraient point alors, à proprement parler, des parties ; ce seraient des vues partielles prises sur le tout. »

« Originellement, nous ne pensons que pour agir. »

« Parler d’un but est penser à un modèle préexistant qui n’a plus qu’à se réaliser. C’est donc supposer, au fond, que tout est donné, que l’avenir pourrait se lire dans le présent. »

« Ce contraste entre la complication à l’infini de l’organe et la simplicité extrême de la fonction est précisément ce qui devrait nous ouvrir les yeux. »

« Le travail de fabrication est d’autant plus efficace qu’il dispose d’une plus grande quantité de matière. Il procède par concentration et compression. Au contraire, l’acte d’organisation a quelque chose d’explosif : il lui faut, au départ, le moins de place possible, un minimum de matière, comme si les forces organisatrices n’entraient dans l’espace qu’à regret. »

« Un choix suppose la représentation anticipée de plusieurs actions possibles. Il faut donc que des possibilités d’action se dessinent pour l’être vivant avant l’action même. »

« Comme chacun de nous ne vit qu’une seule vie, force-lui est de faire un choix. Nous choisissons en réalité sans cesse, et sans cesse aussi nous abandonnons beaucoup de choses. La route que nous parcourons dans le temps est jonchée des débris de tout ce que nous commencions d’être, de tout ce que nous aurions pu devenir. Mais la nature, qui dispose d’un nombre incalculable de vies, n’est point astreinte à de pareils sacrifices. Elle conserve les diverses tendances qui ont bifurqué en grandissant. Elle crée, avec elles, des séries divergentes d’espèces qui évolueront séparément. »

« Si l’unité de la vie est tout entière dans l’élan qui la pousse sur la route du temps, l’harmonie n’est pas en avant, mais en arrière. L’unité […] est donnée au début comme une impulsion, elle n’est pas posée au bout comme un attrait. »

« L’évolution dont nous parlons ne s’accomplit jamais dans le sens d’une association, mais d’une dissociation, jamais vers la convergence, mais vers la divergence des efforts. L’harmonie entre termes qui se complètent sur certains points ne se produit pas, d’après nous, en cours de route par une adaptation réciproque ; au contraire elle n’est tout à fait complète qu’au départ. Elle dérive d’une identité originelle. Elle vient de ce que le processus évolutif, qui s’épanouit en forme de gerbe, écarte les uns des autres, au fur et à mesure de leur croissance simultanée, des termes d’abord si bien complémentaires qu’ils étaient confondus. »

« L’intelligence a encore plus besoin de l’instinct que l’instinct de l’intelligence, car façonner la matière brute suppose déjà chez l’animal un degré supérieur d’organisation, où il n’a pu s’élever que sur les ailes de l’instinct. »

 « Notre intelligence ne se représente clairement que l’immobilité. »

« L’ensemble de la matière devra donc apparaître à notre pensée comme une immense étoffe où nous pouvons tailler ce que nous voudrons, pour le recoudre comme il nous plaira. »

« Qu’il nous suffise de dire que l’intelligence est caractérisée par la puissance indéfinie de décomposer selon n’importe quelle loi et de recomposer en n’importe quel système. »

« Justement parce qu’elle cherche toujours à reconstituer, et à reconstituer avec du donné, l’intelligence laisse échapper ce qu’il y a de nouveau à chaque moment d’une histoire. Elle n’admet pas l’imprévisible. Elle rejette toute création. Que des antécédents déterminés amènent un conséquent déterminé, calculable en fonction d’eux, voilà qui satisfait notre intelligence. »

« Dans toute l’étendue du règne animal, disions-nous, la conscience apparaît comme proportionnelle à la puissance de choix dont l’être vivant dispose. Elle éclaire la zone de virtualités qui entoure l’acte. Elle mesure l’écart entre ce qui se fait et ce qui pourrait se faire. »

« Il faudrait, pour qu’une théorie scientifique fût définitive, que l’esprit pût embrasser en bloc la totalité des choses et les situer exactement les unes par rapport aux autres ; mais, en réalité, nous sommes obligés de poser les problèmes un à un […]. »

« D’une manière générale, la réalité est ordonnée dans l’exacte mesure où elle satisfait notre pensée. L’ordre est donc un certain accord entre le sujet et l’objet. »

« L’univers n’est pas fait, mais se fait sans cesse. »

« Il n’y a pas de choses, il n’y a que des actions. »

« En réalité la vie est un mouvement, la matérialité est le mouvement inverse. »

« La matière divise effectivement ce qui n’était que virtuellement multiple, et, en ce sens, l’individuation est en partie l’œuvre de la matière, en partie l’effet de ce que la vie porte en elle. »

 « L’idée de désordre est donc toute pratique. Elle correspond à une certaine déception d’une certaine attente, et ne désigne pas l’absence de tout ordre, mais seulement la présence d’un ordre qui n’offre pas d’intérêt actuel. »

« On ne saurait imaginer un néant sans s’apercevoir, au moins confusément, qu’on l’imagine, c’est-à-dire qu’on agit, qu’on pense, et que quelque chose, par conséquent, subsiste encore. »

« L’image proprement dite d’une suppression de tout n’est donc jamais formée par la pensée. L’effort par lequel nous tendons à créer cette image aboutit simplement à nous faire osciller entre la vision d’une réalité extérieure et celle d’une réalité interne. Dans ce va-et-vient de notre esprit entre le dehors et le dedans, il y a un point, situé à égale distance des deux, où il nous semble que nous n’apercevons plus l’un et que nous n’apercevons pas encore l’autre : c’est là que se forme l’image du néant. En réalité, nous apercevons alors l’un et l’autre, étant arrivés au point où les deux termes sont mitoyens, et l’image du néant, ainsi définie, est une image pleine de choses, une image qui renferme à la fois celle du sujet et celle de l’objet, avec, en plus, un saut perpétuel de l’une à l’autre et le refus de jamais se poser définitivement sur l’une d’elles. »

« Entre penser un objet et le penser existant, il n’y a absolument aucune différence. »

« Il n’y a pas de forme, puisque la forme est de l’immobile et que la réalité est mouvement. Ce qui est réel, c’est le changement continuel de forme : la forme n’est qu’un instantané pris sur une transition. »

« Puisque le mouvement naît de la dégradation de l’immuable, il n’y aurait pas de mouvement, pas de monde sensible par conséquent, s’il n’y avait, quelque part, l’immutabilité réalisée. »

« Faisant table rase de ce qui n’est qu’un symbole imaginatif, il verra le monde matériel se résoudre en un simple flux, une continuité d’écoulement, un devenir. »

Henri Bergson, Matière et mémoire.

« Il y a un système d’images que j’appelle ma perception de l’univers, et qui se bouleverse de fond en comble pour des variations légères d’une certaine image privilégiée, mon corps. Cette image occupe le centre ; sur elle se règlent toutes les autres ; à chacun de ses mouvements tout change. »

« Percevoir signifie avant tout connaître. »

« La matière ne saurait exercer des pouvoirs d’un autre genre que ceux que nous y percevons. »

« Le passé a-t-il cessé d’exister ou a-t-il simplement cessé d’être utile ? »

Louis Auguste Blanqui, L’éternité par les astres, 1872.

« L’univers est à la fois la vie et la mort, la destruction et la création, le changement et la stabilité, le tumulte et le repos. Il se noue et se dénoue sans fin, toujours le même, avec des êtres toujours renouvelés. […] Ensemble et détails, il est éternellement la transformation et l’immanence. »

« L’univers est infini dans son ensemble et dans chacune de ses fractions, étoile ou grain de poussière. Tel il est à la minute qui sonne, tel il fut, tel il sera toujours, sans un atome ni une seconde de variation. Il n’y a rien de nouveau sous les soleils. Tout ce qui se fait, s’est fait et se fera. Et cependant, quoique le même, l’univers de tout à l’heure n’est plus celui d’à présent, et celui d’à présent ne sera pas davantage celui de tantôt ; car il ne demeure point immuable et immobile. Bien au contraire, il se modifie sans cesse. Toutes ses parties sont dans un mouvement indiscontinu. Détruites ici, elles se reproduisent simultanément ailleurs, comme individualités nouvelles. »

« La matière n’est pas sortie du néant. Elle n’y rentrera point. Elle est éternelle, impérissable. Bien qu’en voie perpétuelle de transformation, elle ne peut ni diminuer, ni s’accroître d’un atome. »

« La matière n’est éternelle que dans ses éléments et son ensemble. Toutes ses formes, humbles ou sublimes, sont transitoires et périssables. »

« L’organisation de l’univers est de toute éternité. Elle n’a jamais varié d’un cheveu, ni fait relâche d’une seconde. Il n’y a point de chaos. »

« Avec un plan si monotone et des éléments si peu variés, il n’est pas facile d’enfanter des combinaisons différentes, qui suffisent à peupler l’infini. Le recours aux répétitions devient indispensable. »

 « L’infini ne peut se présenter à nous que sous l’aspect de l’indéfini. L’un conduit à l’autre par l’impossibilité manifeste de trouver ou même de concevoir une limitation à l’espace. Certes, l’univers infini est incompréhensible, mais l’univers limité est absurde. »

« Chacune des histoires particulières, représentant une même collectivité, se tire à milliards d’épreuves pareilles, et chaque individu, partie intégrante de cette collectivité, possède en conséquence des sosies par milliards. »

« L’univers est une sphère dont le centre est partout et la surface nulle part. »

« L’univers tout entier est composé de systèmes stellaires. Pour les créer, la nature n’a que cent corps simples à sa disposition. Malgré le parti prodigieux qu’elle sait tirer de ces ressources et le chiffre incalculable de combinaisons qu’elles permettent à sa fécondité, le résultat est nécessairement un nombre fini, comme celui des éléments eux-mêmes, et pour remplir l’étendue, la nature doit répéter à l’infini chacune de ses combinaisons originales ou types. »

« Tout astre, quel qu’il soit, existe donc en nombre infini dans le temps et dans l’espace, non pas seulement sous l’un de ses aspects, mais tel qu’il se trouve à chacune des secondes de sa durée, depuis la naissance jusqu’à la mort. »

« La terre est l’un de ces astres. Tout être humain est donc éternel dans chacune des secondes de son existence. »

« Voici néanmoins un grand défaut : il n’y a pas progrès. Hélas ! non, ce sont des rééditions vulgaires, des redites. […] N’oublions pas que tout ce qu’on aurait pu être ici-bas, on l’est quelque part ailleurs. »

« Eux et nous, et tous les hôtes de notre planète, nous renaissons prisonniers du moment et du lieu que les destins nous assignent dans la série de ses avatars. Notre pérennité est un appendice de la sienne. Nous ne sommes que des phénomènes partiels de ses résurrections. »

 « Tout ce qu’on aurait pu être ici-bas, on l’est quelque part ailleurs. Outre son existence entière, de la naissance à la mort, que l’on vit sur une foule de terres, on en vit sur d’autres dix mille éditions différentes. »

« Voilà le terrible ! on ne peut pas s’avertir. S’il était permis de faire passer l’histoire de sa vie, avec quelques bons conseils, aux doubles qu’on possède dans l’espace, on leur épargnerait bien des sottises et des chagrins… »

 « Par conséquent, tous les faits accomplis ou à accomplir sur notre globe, avant sa mort, s’accomplissent exactement les mêmes dans les milliards de ses pareils. Et comme il en est ainsi pour tous les systèmes stellaires, l’univers entier est la reproduction permanente, sans fin, d’un matériel et d’un personnel toujours renouvelé et toujours le même. »

 « On remonterait en vain le torrent des siècles pour trouver un moment où l’on n’ait pas vécu. Car l’univers n’a point commencé, par conséquent l’homme non plus. Il serait impossible de refluer jusqu’à une époque où tous les astres n’aient pas déjà été détruits et remplacés, donc nous aussi, habitants de ces astres ; et jamais, dans l’avenir, un instant ne s’écoulera sans que des milliards d’autres nous-mêmes ne soient en train de naître, de vivre et de mourir. L’homme est, à l’égal de l’univers, l’énigme de l’infini et de l’éternité, et le grain de sable l’est à l’égal de l’homme. »

 « Tous les corps, animés et inanimés, solides, liquides et gazeux, sont reliés l’un à l’autre par les choses même qui les séparent. »

André Comte-Sponville, Présentations de la philosophie.

 « Le passé n’existe pour nous qu’au présent, ou dans le présent : il n’existe, c’est tout le paradoxe de la mémoire, qu’en tant qu’il n’est pas passé. »

« Si l’avenir existait, il ne serait pas à venir : il serait présent. Il n’est ce qu’il est, c’est tout le paradoxe de l’attente, qu’à la condition de n’être pas. »

« Le temps passe, mais il n’est pas passé. Il vient, mais il n’est pas à venir. Rien ne passe, rien ne vient, rien n’arrive que le présent. »

« Si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu’il est, lui qui ne peut être qu’en cessant d’être ? »

« Ce temps, que nous mesurons ou imaginons, est composé surtout de passé et d’avenir, lesquels n’ont d’existence que pour l’esprit : comment savoir si ce n’est pas le cas, aussi, du temps lui-même ? »

« Qu’est-ce alors que le temps, qui ne passe qu’à la condition de demeurer, qui ne demeure qu’à la condition de s’écouler, qui ne se donne, enfin, que dans l’expérience de sa fuite, par quoi il nous échappe ? »

« Ce n’est pas l’éternité qui est dans le temps ; c’est le temps qui est dans l’éternité. Ce n’est pas Dieu qui est dans l’univers ; c’est l’univers qui est en Dieu. »

« La mort ne nous prendra rien (puisqu’elle ne nous prendra que l’avenir, qui n’est pas), que le temps ne nous prend rien (puisque le présent est tout), enfin qu’il est absurde d’espérer l’éternité (puisque nous y sommes déjà). »

« La vérité, c’est ce qui est (vérité de l’être) ou ce qui correspond exactement à ce qui est (vérité de la connaissance). C’est pourquoi aucune connaissance n’est la vérité : parce que nous ne connaissons jamais absolument ce qui est, ni tout ce qui est. »

Nicolas de Cues, La docte ignorance.

 « Tout recherche est comparative et utilise le moyen de l’analogie. »

« Il n’y a qu’une forme des formes, unique et infinie, dont toutes les formes sont les images. »

« Rien ne pourrait exister si le maximum dans sa simplicité n’existait pas. Tout ce qui n’est pas le maximum est fini et, en tant que tel, principié ; ce qui implique nécessairement qu’il dérive d’un autre que lui ; car, si le principié était son propre principe, il serait au moment même où il n’est pas encore. Mais il est impossible, comme le stipule la maxime, de remonter à l’infini la chaîne des principes et des causes. Il y aura donc un maximum simple, sans lequel rien ne peut être. »

« De fait, rien ne semble précéder le pouvoir-être. Comment en effet quelque chose existerait-il s’il n’avait eu auparavant la possibilité d’être ? »

« La nature humaine enveloppe non seulement les hommes qui existent mais aussi ceux qui n’existent pas et n’existeront jamais, bien qu’ils eussent pu exister. De la sorte, même s’il se pouvait qu’arriver quelque chose qui n’arrivera jamais, rien cependant ne serait ajouté à la providence divine, puisque celle-ci enveloppe outre ce qui arrive, ce qui n’arrive pas, mais peut arriver. »

« Toute possibilité est contractée, et elle est contractée par l’acte. C’est pourquoi on ne trouve pas de possibilité pure, sans qu’un acte, quel qu’il soit, vienne la déterminer d’une façon ou d’une autre. »

« Le pouvoir-être ne peut être amené à l’acte s’il n’est causé par un être en acte, puisque rien ne peut par lui-même produire son être en acte, à moins de supposer qu’il ne soit de lui-même sa propre cause ; mais, dans ce cas, en effet, il serait avant d’être. C’est pourquoi ces mêmes philosophes ont dit que ce qui fait être en acte la possibilité agit intentionnellement, de sorte que la possibilité arrive à l’être en acte par un processus rationnel et non pas par hasard. »

« On ne peut en effet rien intelliger qui ne soit pas déjà en soi-même de façon contractée. En intelligeant, l’intellect développe, au moyen de notions et de signes comparatifs, un monde de similitudes qu’il contracte en lui. »

« Le tout est présent dans l’une de ses parties, quelle qu’elle soit, par l’intermédiaire de n’importe laquelle d’entre elles. »

« Dispersés sur la Terre, beaucoup de gens nous restent inconnus, nous ignorons qui l’emporte sur les autres au monde, puisque nous sommes incapables de connaître parfaitement un seul homme parmi toute l’humanité. En vérité, Dieu a fait cela pour que chacun fût content de soi –tout en admirant les autres –, content de sa propre patrie, pour que le sol natal lui parût plus doux, content des mœurs de son royaume, de sa langue, etc. »

Eugène Delacroix, Journal.

« Je vis en société avec un corps, compagnon muet, exigeant et éternel ; c’est lui qui constate cette individualité qui est le sceau de la faiblesse de notre race. »

« Si on considérait la vie comme un simple prêt, on serait moins exigeant. Nous ne possédons réellement rien ; tout nous traverse. »

« Nous ne connaissons jamais ce que nous pouvons obtenir de nous-mêmes. La paresse est sans doute le plus grand ennemi du développement de nos facultés. Le connais-toi toi-même serait donc l’axiome fondamental de toute société, où chacun de ses membres ferait exactement son rôle et le remplirait dans toute son étendue. »

« Il y a en nous un écho qui répond à toutes les impressions : ou nous avons vu cela ailleurs, ou bien toutes les combinaisons possibles des choses sont à l’avance dans notre cerveau. En les retrouvant dans ce monde passager, nous ne faisons qu’ouvrir une case de notre cerveau ou de notre âme. »

Léona Denis, Le problème de l’être et de la destinée.

« L’évolution individuelle et progressive est la loi fondamentale de la nature et de la vie. C’est la raison d’être de l’homme, la norme de l’univers. »

« Dans toute doctrine, il y a des parcelles de la vérité ; mais aucune ne la contient entièrement, la vérité, dans sa plénitude, étant plus vaste que l’esprit humain. »

Luc Ferry, Le sens de la vie.

« À l’intérieur de ces petits desseins, qui sont comme autant de bulles closes sur elles-mêmes, nos actions prennent donc un sens : elles sont tout à la fois orientées dans une certaine direction et animées d’intentions qui leur confèrent, à nos yeux comme à ceux des autres, une certaine signification. Pourtant, la question du sens de ces projets qui donnent sens nous échappe. »

« Après le relatif retrait des religions, après la mort des grandes utopies qui inséraient nos actions dans l’horizon d’un vaste dessein, la question du sens ne trouve plus de lieu où s’exprimer collectivement. »

 « Les sciences, même les plus élaborées, peuvent décrire, voire expliquer partiellement ce qui est. Mais le fait que les choses “soient” –la “question de l’Etre” –ne leur appartient pas. »

« Les savants nous décrivent le monde tel qu’il est, non tel qu’il devrait être. Aucune sagesse ne se dégage intrinsèquement de leurs travaux. »

 « On peut poser l’axiome suivant : n’a pas ou ne fait pas sens tout ce qui n’est pas l’effet d’une volonté […]. »

« Voilà pourquoi […], poser la question du sens du mal n’est possible que dans une perspective où l’on admet la réalité d’un sujet libre, d’une volonté responsable qui en est la source. »

« Chacun ayant désormais à devenir ce qu’il est. »

Brian Greene, La réalité cachée.

« Un chemin jamais emprunté, cela n’existe pas. Sauf que chaque chemin (chaque réalité) est dissimulé à tous les autres. »

« L’écoulement du temps dépend de l’observateur –de sa trajectoire et de la gravitation qu’il subit. »

« Parmi les attraits de ces cosmologies cycliques, il y a cette possibilité apparente d’éviter l’épineuse question du commencement de l’univers. Si l’univers vit cycle après cycle, et si les cycles ont toujours eu lieu (et auront peut-être toujours lieu), alors cela élude le problème du commencement. Chaque cycle possède son propre commencement. »

« Si l’on s’interroge sur le commencement du cycle d’univers au complet, eh bien la réponse est simplement que ce commencement n’existe pas car les cycles se répètent depuis une éternité. »

Claude-Adrien Helvétius, De l’esprit.

 « Pour faire une découverte, il faut nécessairement avoir dans la mémoire les objets dont les rapports contiennent cette vérité. »

« Personne ne se défiant assez de son ignorance, on croit trop facilement que ce que l’on voit dans un objet est tout ce que l’on y peut voir. »

« Nous n’apercevons le plus souvent dans les choses que ce que nous désirons y trouver. »

Emmanuel Kant, Idée de ce que pourrait être une histoire universelle dans les vues d’un citoyen du monde.

« Tout se réduit donc à peu près à cette question : est-il raisonnable de supposer que les dispositions de la Nature, qui ont un but dans toutes les parties, soient sans but dans l’ensemble ? »

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Emmanuel Kant, La religion dans les limites de la raison.

« Quant aux miracles théistiques, nous pouvons sans doute nous faire une idée des lois de la relation des effets à leur cause (en tant que cette cause est un être tout-puissant et par conséquent moral), mais nous ne pouvons nous en faire qu’une idée générale, en nous représentant l’être-cause comme créateur du monde et auteur de l’ordre matériel et de l’ordre moral dans le monde, parce que nous ne pouvons acquérir de ces lois harmoniques une connaissance immédiate et essentielle dont la raison puisse faire usage. »

« On pourrait encore définir la conscience la faculté morale de juger se jugeant elle-même. »

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Emmanuel Kant, Leçons de métaphysique.

« L’ontologie est une science élémentaire pure de toutes nos connaissances a priori ; c’est-à-dire qu’elle contient l’ensemble de tous les concepts purs que nous pouvons avoir a priori des choses. »

« L’ontologie est la première partie de la métaphysique. Le mot même vient du grec et signifie la science des êtres, ou mieux, suivant l’esprit de la lettre, la théorie générale de l’être. L’ontologie est la science élémentaire de tous les concepts que mon entendement ne peut avoir qu’a priori. »

« Ce qui contient le principe réel de quelque chose s’appelle cause. »

« Le principe qui contient tout ce qui se trouve dans la conséquence s’appelle principe suffisant ; mais le principe qui ne contient qu’une seule partie de ce qui se trouve dans la conséquence est le principe insuffisant. »

« Toute chose est parfaite, c’est-à-dire que chaque chose contient tout ce qui est indispensable à son existence. »

« Exister simultanément, c’est être dans un seul et même temps. Des choses se succèdent ou se suivent, si elles sont dans des temps différents. Nous considérons comme phénomènes toutes les choses que nous plaçons dans le temps et dans l’espace. »

« L’espace dans lequel sont contenues toutes les parties assignables est l’espace infini ou absolu. Le temps dans lequel sont contenues toutes les parties assignables est l’éternité. Mais ce sont là des idées que nous ne pouvons pas saisir. »

« Dire que la chose naît, c’est dire que l’existence suit la non-existence. Il y a toujours un temps de supposé. »

« Le temps, la succession des différentes choses, ne pourrait jamais être perçu si tout changeait, si rien n’était permanent. Tout changement exige en même temps quelque chose de permanent pour que notre expérience en soit possible. La substance reste ; les accidents seuls changent. »

« Dans le rapport de la cause à l’effet, la cause première est le concept final qui n’est cause par rien d’autre. Dans le troisième rapport, celui du tout aux parties, le concept final est celui d’un tout qui n’est lui-même partie de rien autre, le concept du monde. »

« Sans cause première, la série des causes subalternes n’est pas suffisamment déterminée aux yeux de la raison pour qu’elle puisse en tirer l’effet. »

« Le passage s’effectue dans le temps : car dans les instants pendant lesquels il a lieu de A en B, se trouve un temps dans lequel il n’est plus en A et pas encore en B : ce temps est celui du changement, du passage. Une chose ne passe donc jamais immédiatement d’un état à un autre : ce n’est, au contraire, qu’en passant par tous les états intermédiaires que le changement d’état d’une chose est possible. »

« La première chose qui est parfaitement certaine, c’est que j’existe : je me sens moi-même, je sais certainement que je suis ; mais je ne sais pas avec une égale certitude que d’autres êtres existent hors de moi. »

Spinoza dit qu’il n’y a qu’un seul être, et que tous les autres en sont des modifications.

« La création n’est donc pas un événement, mais seulement ce par quoi les événements arrivent. »

« Si des choses, des histoires, des comédies, ou autres productions semblables, nous paraissent imparfaites, nous n’avons de paix qu’autant qu’elles sont terminées : on se dépite de ce que la chose n’est pas achevée, ce qui suppose une faculté de se faire une idée du tout, et de comparer les objets avec cette idée. »

« J’ai conscience que je puis dire : je fais quelque chose ; j’ai donc conscience que je ne suis mu par aucune détermination, et par conséquent que j’agis d’une manière absolument libre. Si je n’étais pas libre, si je n’étais qu’un moyen par lequel un autre ferait en moi quelque chose que je fais, je ne pourrais pas dire : je fais. »

« Comme toute matière est sans vie (car c’est là le concept que nous avons de la matière, puisque nous ne la connaissons pas autrement), rien de ce qui appartient à la vie ne peut provenir de la matière. »

« Une hypothèse nécessaire s’appelle croyance. »

« On se demande si l’on peut concevoir que rien n’existe ? La chose semble possible, puisque l’on peut, par la pensée, supprimer successivement l’existence de toutes les choses. Mais je ne puis avoir cette idée qu’à la condition de nommer les choses qui doivent ne pas exister. Or je ne pourrais pas nommer ces choses, si elles n’étaient déjà des réalités à moi données par-là même : car si rien n’existait, rien ne serait donné, et l’on ne pourrait rien nommer qui dût ne pas exister. »

« Cependant, c’est aussi une nécessité pour notre raison qu’il n’y ait qu’un pareil être comprenant la réalité suprême : car s’il y en avait plusieurs, les réalités seraient partagées entre eux, et aucun d’eux ne les posséderait toutes. »

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Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique.

 

« Or je dis que l’homme, et en général tout être raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen pour l’usage arbitraire de telle ou telle volonté, et que dans toutes ses actions, soit qu’elles ne regardent que lui-même, soit qu’elles regardent aussi d’autres êtres raisonnables, il doit toujours être considéré comme fin. »

« L’impératif pratique se traduira donc ainsi : agis de telle sorte que tu traites toujours l’humanité, soit dans ta personne, soit dans la personne d’autrui, comme une fin, et que tu ne t’en serves jamais comme d’un moyen. »

« La volonté ne doit donc pas être considérée simplement comme soumise à une loi, mais comme se donnant à elle-même la loi, à laquelle elle est soumise, et comme n’y étant soumise qu’à ce titre même (à ce titre qu’elle peut s’en regarder elle-même comme l’auteur). »

« Le principe qui consiste à faire du bonheur le mobile suprême de la volonté, c’est le principe de l’amour de soi. »

« Tout événement, par conséquent aussi toute action, qui arrive dans un point du temps, dépend nécessairement de ce qui était dans le temps précédent. Or, comme le temps passé n’est plus en mon pouvoir, toute action que j’accomplis d’après des causes déterminantes qui ne sont pas en mon pouvoir, doit être nécessaire, c’est-à-dire que je ne suis jamais libre dans le point du temps où j’agis. »

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Emmanuel Kant, Critique de la raison pure.

« Il y a deux souches de la connaissance humaine, qui viennent peut-être d’une racine commune, mais inconnue de nous, à savoir la sensibilité et l’entendement, la première par laquelle les objets nous sont donnés, la seconde par laquelle ils sont pensés. »

« Le temps ne peut pas être perçu extérieurement, pas plus que l’espace ne peut l’être comme quelque chose en nous. »

« Le temps est donc donné a priori. Sans lui, toute réalité des phénomènes est impossible. On peut les supprimer tous, mais lui-même (comme condition générale de leur possibilité) ne peut être supprimé. »

« Le temps n’a qu’une dimension ; des temps différents ne sont pas simultanés, mais successifs (tandis que des espaces différents ne sont pas successifs, mais simultanés). »

« Le temps n’est autre chose que la forme du sens interne, c’est-à-dire de l’intuition de nous-mêmes et de notre état intérieur. En effet, il ne peut être une détermination des phénomènes extérieurs : il n’appartient ni à la figure, ni à la position ; mais il détermine lui-même le rapport des représentations dans notre état intérieur. »

« Le temps n’est rien. Il n’a de valeur objective que relativement aux phénomènes, parce que les phénomènes sont des choses que nous regardons comme des objets de nos sens ; mais cette valeur objective disparaît dès qu’on fait abstraction de la sensibilité de notre intuition, ou de ce mode de représentation qui nous est propre, et que l’on parle des choses en général. Le temps n’est donc autre chose qu’une condition subjective de notre intuition (laquelle est toujours sensible, c’est-à-dire ne se produit qu’autant que nous sommes affectés par des objets) ; en lui-même, en dehors du sujet, il n’est rien. »

« Il leur faut admettre comme éternels et infinis et comme existants par eux-mêmes deux non-êtres (l’espace et le temps), qui (sans être eux-mêmes quelque chose de réel) n’existent que pour renfermer en eux tout ce qui est réel. »

« Le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations ; car autrement il y aurait en moi quelque chose de représenté, qui ne pourrait pas être pensé, ce qui revient à dire ou que la représentation serait impossible ou du moins qu’elle ne serait rien pour moi. La représentation qui peut être donnée antérieurement à toute pensée se nomme intuition. »

« Je donne aussi parfois à l’imagination, en tant qu’elle montre de la spontanéité, le nom d’imagination productive, et je la distingue ainsi de l’imagination reproductive, dont la synthèse est soumise simplement à des lois empiriques, c’est-à-dire aux lois de l’association, et qui par conséquent ne concourt en rien à l’explication de la possibilité de la connaissance a priori et n’appartient pas à la philosophie transcendantale, mais à la psychologie. »

« Ce n’est pas le temps qui s’écoule, mais en lui l’existence du changeant. Au temps donc, qui lui-même est immuable et fixe, correspond dans le phénomène l’immuable dans l’existence, c’est-à-dire la substance, et c’est en elle seulement que peuvent être déterminées la succession et la simultanéité des phénomènes par rapport au temps. »

« Il en est ainsi de toute portion du temps, même de la plus petite. Je ne la conçois qu’au moyen d’une progression successive qui va d’un moment à un autre, et c’est de l’addition de toutes les parties du temps que résulte enfin une quantité de temps déterminée. »

« Les trois modes du temps sont la permanence, la succession et la simultanéité. De là trois lois qui règles tous les rapports chronologiques des phénomènes, et d’après lesquelles l’existence de chacun d’eux peut être déterminée par rapport à l’unité de tout temps, et ces lois sont antérieures à toute expérience, qu’elles servent elles-mêmes à rendre possible. »

« Principe de la permanence de la substance : la substance persiste au milieu de changement de tous les phénomènes, et sa quantité n’augmente ni ne diminue dans la nature. »

« Tout ce qui change est donc permanent, et il n’y a que son état qui varie. Et comme cette variation, cette vicissitude ne concerne que les déterminations, qui peuvent finir ou commencer, on peut dire, au risque d’employer une expression en apparence quelque peu paradoxale, que seul le permanent (la substance) change, et que la variable n’éprouve pas de changement, mais une vicissitude, puisque certaines déterminations cessent et que d’autres commencent. »

« C’est donc dans ce qui en général précède un événement que doit se trouver la condition qui donne lieu à une règle selon laquelle cet événement suit toujours et nécessairement ; mais je ne puis renverser l’ordre en partant de l’événement et déterminer (par l’appréhension) ce qui précède. En effet, nul phénomène ne retourne du moment suivant à celui qui précède, quoique tout phénomène se rapporte à quelque moment antérieur ; un temps étant donné, un autre temps déterminé le suit nécessairement. »

« La plupart des causes efficientes de la nature sont en même temps que leurs effets, et la succession de ceux-ci tient uniquement à ce que la cause ne peut pas produire tout son effet en un moment. Mais dans le moment où l’effet commence à se produire, il est toujours contemporain de la causalité de sa cause, puisque, si cette cause avait cessé d’être un instant auparavant, il n’aurait pas eu lieu lui-même. »

« La simple conscience, mais empiriquement déterminée, de ma propre existence, prouve l’existence des objets extérieurs dans l’espace. »

« La conscience de moi-même dans la représentation Je, n’est point du tout une intuition, mais une représentation purement intellectuelle de la spontanéité d’un sujet pensant. »

« Il y a beaucoup de choses possibles qui ne sont pas réelles. Il semble à la vérité que l’on puisse mettre le nombre du possible au-dessus de celui du réel, puisqu’il faut que quelque chose s’ajoute à celui-là pour former celui-ci. »

« La vérité ou l’apparence ne sont pas dans l’objet, en tant qu’il est perçu, mais dans le jugement que nous portons sur ce même objet, en tant qu’il est conçu. Si donc on peut dire justement que les sens ne trompent pas, ce n’est point parce qu’ils jugent toujours exactement, c’est parce qu’ils ne jugent pas du tout. Par conséquent c’est uniquement dans le jugement, c’est-à-dire dans le rapport de l’objet à notre entendement qu’il faut placer la vérité aussi bien que l’erreur, et partant aussi l’apparence, qui nous invite à l’erreur. »

« Personne ne peut et ne doit déterminer quel est le plus haut degré où doive s’arrêter l’humanité, et par conséquent combien grande est la distance qui doit nécessairement subsister entre l’idée et sa réalisation ; car la liberté peut toujours dépasser les bornes assignées. »

« Cette conscience de moi-même est-elle possible sans les choses hors de moi par lesquelles les représentations me sont données, et par conséquent puis-je exister simplement comme être pensant (sans être homme) ? »

« D’après l’idée de la raison, tout le temps passé est nécessairement conçu comme donné, en tant qu’il est la condition du moment donné. Quant à l’espace, il n’y a pas à distinguer en lui de progression et de régression, parce que, ses parties existant simultanément, il ne constitue pas une série, mais un agrégat. »

« Si l’univers contient en soi tout ce qui existe, il n’est non plus à ce titre ni semblable, ni dissemblable à aucune autre chose, puisqu’il n’y a en dehors de lui aucune autre chose à laquelle il puisse être comparé. »

« Si le monde est un tout existant en soi, il est ou fini ou infini. Or le premier cas aussi bien que le second sont faux. Il est donc faux aussi que le monde (l’ensemble de tous les phénomènes) soit un tout existant en soi. D’où il suit par conséquent que les phénomènes en général ne sont rien en dehors de nos représentations. »

« L’être nécessaire devrait être conçu tout à fait en dehors de la série du monde sensible et d’une manière purement intelligible, ce qui seul peut l’empêcher d’être lui-même soumis à la loi de la contingence et de la dépendance qui régit tous les phénomènes. »

« De même que l’idée donne la règle, l’idéal en pareil cas sert de prototype pour la complète détermination de la copie, et nous n’avons pas d’autre mesure de nos actions que la conduite de cet homme divin que nous trouvons dans notre pensée, avec lequel nous nous comparons, et d’après lequel nous nous jugeons et nous corrigeons, mais sans jamais pouvoir atteindre sa perfection. »

« Toute possibilité des choses (de la synthèse de leurs éléments divers quant à leur contenu) est donc considérée comme dérivée, et seule celle de ce qui renferme en soi toute réalité est regardée comme originaire. »

« Etre n’est évidemment pas un prédicat réel, c’est-à-dire un concept de quelque chose qui puisse s’ajouter au concept d’une chose. C’est simplement la position d’une chose ou de certaines déterminations en soi. »

« Si quelque chose existe, il doit exister aussi un être absolument nécessaire. Or j’existe au moins moi-même ; donc un être absolument nécessaire existe. »

« Il est cependant tout à fait impossible de prouver qu’une disposition de la nature, quelle qu’elle soit, n’ait pas du tout de fin. »

« La conscience de mon ignorance (si cette ignorance n’est en même temps reconnue comme nécessaire), au lieu de terminer toutes mes recherches, est au contraire la véritable cause qui les provoque. »

« Pour que l’imagination ne rêve pas, mais qu’elle s’exerce utilement, sous la sévère surveillance de la raison, il faut qu’elle s’appuie sur quelque chose qui soit parfaitement certain et qui ne soit pas à son tour imaginaire ou de pure opinion, et ce quelque chose est la possibilité de l’objet même. »

« Tout intérêt de ma raison (tant spéculatif que pratique) se ramène aux trois questions suivantes : Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Qu’ai-je à espérer ? »

« C’est donc une idée pratiquement nécessaire de la raison de se regarder comme appartenant au règne de la grâce, où tout bonheur nous attend, à moins que nous ne restreignions nous-mêmes notre part au bonheur en nous rendant indignes d’être heureux. »

« L’expérience nous enseigne bien qu’à un phénomène succède ordinairement un autre phénomène, mais non pas que celui-ci doive nécessairement succéder à celui-là. »

« Le principe de la possibilité de l’association des éléments divers, en tant que cette diversité réside dans l’objet, s’appelle l’affinité du divers. »

« C’est donc nous-mêmes qui introduisons l’ordre et la régularité dans les phénomènes que nous appelons nature, et nous ne pourrions les y trouver s’ils n’y avaient pas été mis originairement par nous ou par la nature de notre esprit. »

« Chacun se doit donc nécessairement regarder soi-même comme une substance, et sa pensée comme de simples accidents de son existence ou comme des déterminations de son état. »

« Ce qui s’accorde avec une perception suivant des lois empiriques est réel. »

Walter Winston Kenilworth, Psychic Control.

(traduction personnelle)

« Nous raisonnons en termes d’effet vers la cause et de cause vers l’effet. Un raisonnement qui assure la cohésion d’un objectif, d’un sens. Nous sommes convaincus que tout va bien puisque tout découle de la loi immuable de causalité. »

« L’effet n’est pas différent de la cause, ils ne forment qu’un.  C’est notre vision dualiste qui sépare l’effet de la cause et nous empêche de voir leur unité. L’effet est la manifestation d’une cause invisible. La cause se manifeste à travers l’effet. »

« Personne ne sait pourquoi une cause doit devenir un effet ou pourquoi un effet doit devenir la cause d’un autre effet. »

« Chaque jour nous générons d’innombrables causes et récoltons les effets. Les actions du présent vont devenir des causes, positives ou négatives. »

« Peu apprécient de voir la perfection, la vérité. »

« Connaître une partie de la vérité c’est la connaître entièrement. »

« L’esprit doit savoir, il ne peut pas rester avec des questions en suspens. »

« L’esprit n’est pas satisfait de ses propres découvertes et de ce manque nait l’imagination. L’imagination est une manifestation de cette faculté qui poursuit le savoir, la faculté d’intuition, plus généralement appelée inspiration. »

« Tout est le résultat de notre pensée et ce que nous deviendrons est déterminé par ce que nous allons penser. »

« La raison exige des preuves, une logique, elle est limitée au monde matériel, tangible. »

« Une émotion présuppose l’existence d’un objet. La raison est conditionnée à l’expérience sensitive. »

« Nous ne sommes conscients que des sensations. C’est par là que nous connaissons le monde extérieur. Une réalité qui n’existe qu’à travers le prisme de l’esprit. »

« L’esprit a perdu sa faculté d’introspection, il n’est plus conscient d’être à l’origine du monde matériel. Il s’est tellement identifié au monde physique qu’il n’en connaît plus d’autre. Concentré sur le monde physique, il ne voit plus rien d’autre. »

« L’esprit s’attache au monde des phénomènes par l’expérience des sens. Occupé par l’ordre extérieur il échoue à réaliser l’essence des phénomènes. L’esprit s’habitue à ne reconnaître que la réalité matérielle. »

« On ne peut pas déterminer si une illusion est réelle ou non. Elle est réelle dans le monde des sens. Au-delà du phénomène elle est essentiellement irréelle. »

« Ce qui semble extérieur est réellement intérieur. »

« Le monde matériel n’est qu’une goutte dans l’océan de ce qui peut exister. »

« Rien de nouveau ne peut être découvert. La vérité est intangible, elle a toujours été la même, seuls ses aspects ont été modifiés, ses définitions transformées pour correspondre à l’époque et à la nécessité. »

« La nature visible est limitée. L’invisible pour nos yeux a un potentiel infini. »

« La conscience est infinie. Elle ne grandit pas et n’évolue pas. Elle ne pourrait pas se développer à partir de la nature si elle n’avait pas existé avant. »

« La raison d’être du développement de l’univers est de rendre possible la manifestation de la conscience. La conscience est le but du monde physique. »

« La nature ne révèle la nouveauté seulement quand nécessaire. Les révélations sont pour ceux qui les comprennent. »

« L’extérieur n’est qu’une projection, une manifestation de ce qui existe déjà à l’intérieur. »

 « Le monde matériel ne nous livrera jamais l’entière réalité. »

« Le monde physique n’est qu’une des variables de l’univers, il ne peut pas dévoiler le tout. »

« Le tout ne pourra jamais être exprimé pleinement. Le monde matériel est imparfait. Le monde matériel est limité dans le temps et la forme. »

« Le monde extérieur est un mensonge puisqu’il est à la fois cause et effet. »

« Nous tendons sans cesse vers un idéal à atteindre. »

« Le progrès n’est qu’une chimère. L’âme ne peut pas progresser, elle est déjà parfaite. »

« Nous avons fini par nous soumettre à ce que nous avons créé, la création est devenue supérieure au créateur. »

« Il faut transcender le monde matériel. »

« En tant qu’êtres finis nous ne pouvons avoir qu’une conception finie de l’infini et de l’éternité. »

« Pour réaliser la vérité il faut donc une succession de vies qui se répètent pour appréhender le tout. »

« La répétition des cycles permet de consolider les acquis. »

« La spirale est ascendante mais la figure complète est un cercle. En complétant le cercle le point d’origine doit être surpassé. »

 « L’origine est plus importante que le développement, l’évolution, qui ne durent pas mais retournent à l’état d’origine. »

« Chaque homme crée sa propre destinée. Chaque être est à l’origine de ce qu’il se produit dans son existence. »

« La vérité suprême : tout ce qui existe est un, il y a un individu suprême qui est l’âme des âmes de tous les objets animés ou inanimés. »

« La cause et l’effet ne sont qu’un. Le soi et le cosmos ne sont qu’un. La cause est unique, l’effet peut être multiple. »

« Une partie implique le tout. »

« Toutes les variations ont leur source dans une même et unique substance. »

« Chercher l’origine de l’âme est un contresens. Cela supposerait que l’âme n’a pas toujours existé et que son existence est finie. »

« Par les épreuves et la mort, les plaisirs et les peines, la nature cherche à nous faire comprendre que nous ne pouvons pas nous satisfaire du temporel et de l’éphémère. »

« Chaque individu est isolé du reste, puisque chaque vie suit sa propre course, a son propre chemin à tracer, sa destinée. Mais malgré les divergences tous les êtres ont la même origine et la même finalité. »

« Le but est la réalisation pleine et entière du soi. »

« La conscience est occupée avec les symboles alors qu’elle devrait chercher le sens en elle-même. »

« Les investigations extérieures ne servent à rien, il faut enquêter en soi. (Pourtant le monde matériel est bien une expression de soi, de la pensée). »

« Penser est une forme d’activité et toute forme d’activité suggère l’imperfection. Pourquoi la perfection devrait-elle agir ? Le soi ne désire rien, il est le tout, il possède tout. »

Gottfried Wilhelm Leibniz, Discours de Métaphysique.

« Toute volonté suppose quelque raison de vouloir et […] cette raison est naturellement antérieure à la volonté. »

« Rien n’est nécessaire dont l’opposé est possible. »

« Rien ne nous entre dans l’esprit par le dehors, et c’est une mauvaise habitude que nous avons de penser comme si notre âme recevait quelques espèces messagères et comme si elle avait des portes et des fenêtres. Nous avons dans l’esprit toutes ces formes, et même de tout temps, parce que l’esprit exprime toujours toutes ses pensées futures, et pense déjà confusément à tout ce qu’il pensera jamais distinctement. Et rien ne nous saurait être appris, dont nous n’ayons déjà dans l’esprit l’idée qui est comme la matière dont cette pensée se forme. »

Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance.

 « Il n’y a pas de faits, mais seulement des interprétations. »

 « L’univers doit posséder un nombre calculable de combinaisons dans le grand jeu du hasard qui est à la base de son existence… Dans l’infinité, à un moment ou à un autre, chaque combinaison possible a dû être réalisée ; et non seulement une fois, mais une infinité de fois. »

« Imaginons cette idée sous la forme la plus terrible : l’existence telle qu’elle est, sans signification et sans but, mais revenant sans cesse d’une façon inévitable, sans un dénouement dans le néant : “l’Éternel Retour”. »

« Nous nions les causes finales : si l’existence tendait à un but ce but serait atteint. »

« Le degré de conscience rend la perfection impossible… »

« Malgré tout on ne devient que ce que l’on est (malgré tout : je veux dire l’éducation, l’instruction, le milieu, le hasard et les accidents). »

« Elle [la conscience] ne fait que redire : elle ne crée pas de valeurs. »

 « Qu’il n’existe rien en dehors du Tout… Et, encore une fois, c’est là une grande consolation, car c’est là que repose l’innocence de tout ce qui est. »

« C’est de la valeur des unités que dépend la signification de la totalité… »

 « Je maintiens aussi la phénoménalité du monde intérieur : tout ce qui nous devient sensible dans la conscience a dû être d’abord apprêté, simplifié, schématisé, interprété. Le véritable procédé de la “perception intérieure”, l’enchaînement des causes entre les pensées, les sentiments, les désirs, entre le sujet et l’objet, nous est entièrement caché et c’est peut-être chez nous simple affaire d’imagination. Ce “monde intérieur en apparence” est traité avec les mêmes formes et les mêmes procédés que le monde “extérieur”. » 

« Penser, tel que le déterminent les théoriciens de la connaissance, cela n’existe pas du tout ; c’est une fiction tout à fait arbitraire, réalisée en séparant du processus général un seul élément, en soustrayant tous les autres éléments, un arrangement artificiel en vue de s’entendre… »

 « Il y a renversement chronologique, de sorte que la cause parvient à la conscience plus tard que l’effet. »

« Nous avons appris que les sensations que l’on tient naïvement pour conditionnées par le monde extérieur sont en réalité conditionnées par le monde intérieur […] »

« Le fait fondamental de l’expérience intérieure c’est que la cause est imaginée lorsque l’effet a eu lieu… »

« Notre “monde extérieur”, tel que nous le projetons à chaque moment, est indissolublement lié aux vieilles erreurs des causes : nous essayons de l’interpréter par le schématisme des “objets”. »

« Il est essentiel de ne pas se méprendre sur le rôle de la conscience : c’est notre relation avec le monde extérieur qui a développé celle-ci. »

« Non point “connaître”, mais schématiser, imposer au chaos assez de régularité et de formes pour satisfaire notre besoin pratique. »

« La “réalité” réside dans le retour continuel des choses pareilles, connues, semblables, dans le caractère logique de celle-ci, dans la croyance que nous pourrons ici calculer et déterminer. »

« Parménide a dit : “L’esprit ne peut pas concevoir le néant.” Nous nous trouvons à l’autre extrémité et nous disons : “Ce qui peut être conçu est nécessairement une fiction.” »

« Sujet, c’est la fiction qui voudrait faire croire que plusieurs états similaires sont chez nous l’effet d’un même substratum : mais c’est nous qui avons créé l’“analogie” entre ces différents états. »

« L’idée de “réalité”, d’“être” est empruntée à notre sentiment du “sujet”. “Sujet” : interprété en partant de nous, en sorte que le moi passe pour être la substance, la cause de toute action, l’agisseur. »

« S’il n’y a rien de matériel, il n’y a rien non plus d’immatériel. »

« La forme apparaît comme quelque chose de durable et par conséquent comme quelque chose de précieux ; mais la forme a seulement été inventée par nous ; et quel que soit le nombre de fois où l’on réalise “la même forme”, cela ne signifie pas du tout que c’est la même, -car c’est toujours quelque chose de nouveau qui apparaît,- et nous, nous qui comparons, nous sommes seuls à additionner ce qui est nouveau, en tant que c’est semblable à l’ancien, pour l’adjoindre à l’unité de la “forme”. Comme si un type particulier devait être atteint, comme si ce type servait de modèle et d’exemple à la formation. »

« La forme, l’espèce, la loi, l’idée, le but, partout on commet la même faute de substituer à une fiction une fausse réalité […] »

« Nos besoins ont tellement précisé nos sens que “le même monde des apparences” reparaît toujours et prend ainsi l’apparence de la réalité. »

« Le monde nous apparaît logique parce que c’est nous qui l’avons d’abord logicisé. »

 « Si nous abandonnons l’idée de “sujet” et d’“objet”, nous abandonnerons aussi l’idée de “substance” et par conséquent aussi ses différentes modifications, par exemple la “matière”, l’“esprit” et autres êtres hypothétiques, “l’éternité et l’invariabilité de la matière”, etc. Nous sommes débarrassés de la matérialité. »

« La volonté du vrai est une stabilisation, une action de rendre vrai et durable, une suppression de ce caractère faux, une transposition de celui-ci dans l’être. La “vérité” n’est pas, par conséquent, quelque chose qui est là et qu’il faut trouver et découvrir. »

 « L’homme projette, en quelque sorte, en dehors de lui, son instinct de vérité, son “but”, pour en faire le monde de l’être, le monde métaphysique, la “chose en soi”, le monde existant déjà. Son besoin de créateur s’invente d’avance le monde auquel il travaille, il l’anticipe : cette anticipation (cette “foi” en la vérité) est son soutien. »

« Ce sont les degrés supérieurs dans les manifestations qui éveillent pour l’objet la croyance à sa “vérité”, c’est-à-dire à sa réalité. Le sentiment de la force, de la lutte, de la résistance, convainc qu’il y a là quelque chose à quoi l’on résiste. »

« Pour qu’un monde du vrai, de l’être put être imaginé, il fallut que préalablement l’homme véridique fut créé (et aussi qu’il se crût “véridique”). »

« En résumé : le monde tel qu’il devrait être existe ; ce monde-ci, le monde dans lequel nous vivons, est une erreur, ce monde, qui est le nôtre, ne devrait pas exister. »

 « Ce monde est apparent : donc il y a un monde-vérité ; ce monde est conditionné : donc il existe un monde absolu ; ce monde est plein de contradictions : donc il existe un monde sans contradictions ; ce monde est dans son devenir, par conséquent il existe un monde qui est : tout cela ne sont que de fausses conclusions (résultat d’une confiance aveugle en la raison : si A existe, il faut aussi qu’existe son idée contraire B). »

« Le monde-vérité vers lequel on cherche la voie ne peut pas être en contradiction avec lui-même, il ne peut pas changer, devenir, il n’a ni origine ni fin. »

« C’est là la plus grosse erreur qui ait été commise, la véritable fatalité de l’erreur sur la terre : dans les formes de la raison on croyait posséder un critérium de la réalité, tandis que l’on ne tenait ces formes que pour se rendre maître de la réalité, pour mal entendre la réalité d’une façon intelligente… Et voici que le monde devint faux, exactement à cause des qualités qui constituent sa réalité ; le changement, le devenir, la multiplicité, les contrastes et les contradictions, la guerre. »

 « L’“apparence” est un monde apprêté et simplifié, auquel nos instincts pratiques ont travaillé : il est pour nous parfaitement vrai, car nous y vivons, nous pouvons y vivre : preuve de sa vérité pour nous… »

« L’“apparence” : activité spécifique d’action et de réaction. Le monde-apparence, c’est un monde considéré par rapport aux valeurs ; ordonné et choisi selon les valeurs, c’est-à-dire dans ce cas, au point de vue de l’utilité pour ce qui en est de la conservation et de l’augmentation de la puissance, dans une espèce animale particulière. C’est donc le coté perspectif qui donne le caractère de l’“apparence” ! »

« Le “monde-apparence” se réduit donc à une façon spécifique d’agir sur le monde, en partant d’un centre. Or, il n’existe pas d’autre façon d’agir : et ce que l’on appelle “monde” est seulement un mot pour désigner le jeu d’ensemble de ces actions. La réalité se réduit exactement à cette action et réaction particulière de chaque individu à l’égard de l’ensemble… »

« Par l’idée d’un “monde inconnu” on insinue que ce monde est “connu” (c’est-à-dire ennuyeux). Par l’idée d’un “autre monde” on insinue que le monde pourrait être différent, cette idée supprime la nécessité et la fatalité (il est inutile de se soumettre, de s’assimiler). Par l’idée d’un “monde-vérité” on insinue que ce monde est mensonger, trompeur, déloyal, faux, inessentiel, et que, par conséquent, il n’est pas attaché à nous être utile (il faut éviter de s’assimiler à lui et il vaut mieux lui résister). »

« […] qu’est-ce qui nous donne un droit de fixer en quelque sorte des degrés de la réalité ? »

 « Physiologiquement, l’idée de « cause » est notre sentiment de puissance dans ce que l’on appelle la volonté, l’idée d’« effet » c’est le préjugé de croire que le sentiment de puissance est la puissance elle-même qui met en mouvement… Une condition qui accompagne un événement, et qui est déjà un effet de cet événement, est projetée comme “raison suffisante” de celui-ci ; le rapport de tension de notre sentiment de puissance (la joie en tant que sentiment de puissance, de la résistance surmontée) sont-ce là des illusions ? »

« La vie, étant la forme de l’être qui nous est le plus connue, est spécifiquement une volonté d’accumuler la force : tous les procès de la vie ont là leur levier ; rien ne veut se conserver, tout doit être additionné et accumulé. »

« La condition première du monde mécanique, c’est un préjugé des sens et un préjugé psychique. Le monde mécanique est imaginé de la façon dont seuls la vue et le toucher peuvent s’imaginer un monde (comme “mis en mouvement”) en sorte qu’il peut être évalué que l’on simule des unités de cause, des “choses” (atomes) dont l’effet demeure constant (transmission d’un faux concept du sujet sur le concept de l’atome) : idée du nombre, idée de l’être (idée du sujet). »

 « Nous n’avons absolument pas d’expérience au sujet de la “cause” : l’idée tout entière, si nous voulons la suivre au point de vue psychologique, nous vient de la conviction subjective que nous sommes des causes, c’est-à-dire que le bras remue. Nous distinguons les acteurs de l’action et c’est de ce schéma que nous nous servons partout : pour tout ce qui arrive nous cherchons un auteur. »

« Il est démontré que nous nous faisons illusion. Notre intelligence de “ce qui arrive” consistait en ceci que nous inventions un sujet rendu responsable du fait que quelque chose arrivait, et de la façon dont cela nous arrivait. Nous avons résumé notre sentiment de volonté : de “liberté”, de responsabilité et notre intention d’une action dans le concept d’une “cause”. »

« De fait, nous inventons toutes les causes d’après le schéma de l’effet ! Ce dernier nous est connu. Par conséquent, nous sommes incapables de prédire d’une chose quelconque dans quel sens elle “agira”. L’être, le sujet, la volonté, l’intention, tout cela est inhérent à la conception de “cause”. Nous cherchons les êtres pour expliquer pourquoi quelque chose s’est transformé. »

« En résumé : une chose qui arrive n’est ni provoquée, ni provocante : la “cause” est une “faculté de provoquer” inventée par une adjonction de ce qui arrive. »

« Nous n’avons pas la moindre raison de croire qu’à un changement en succède nécessairement un autre. Au contraire : un état, une fois atteint, devrait se conserver, s’il ne renfermait pas un pouvoir qui consiste précisément à ne pas vouloir se conserver… »

« Ce que veut l’homme, ce que veut la plus petite parcelle d’organisme vivant, c’est une augmentation de puissance. Dans l’aspiration vers ce but il y a plaisir tout autant que déplaisir ; dans chacune de ses volontés l’homme cherche la résistance, il a besoin de quelque chose qui s’oppose à lui… Le déplaisir, entrave de sa volonté de puissance, est donc un facteur normal, l’ingrédient normal de tout phénomène organique ; l’homme ne l’évite pas, il en a au contraire besoin sans cesse : toute victoire, tout sentiment de plaisir, tout événement présuppose une résistance surmontée. »

 « Avoir des fins, des buts, des intentions, bref vouloir, équivaut à vouloir devenir plus fort, vouloir grandir et vouloir aussi les moyens pour cela ; l’instinct le plus général et le plus profond dans toute action, dans toute volonté, est resté le plus inconnu et le plus caché, parce que, en pratique, nous obéissons toujours à mon commandement, parce que nous sommes nous-mêmes ce commandement. »

« La somme de déplaisir l’emporte sur la somme de plaisir : par conséquent, la non-existence du monde vaudrait mieux que son existence. Le monde est quelque chose qui, raisonnablement, ne devrait pas exister parce qu’il occasionne au sujet sensible plus de déplaisir que de plaisir. »

« La dégénérescence de la vie dépend essentiellement de l’extraordinaire faculté d’erreur de la conscience : celle-ci est très peu tenue en bride par les instincts et se méprend par conséquent de la façon la plus aisée et la plus foncière. »

« Si nous voulons déterminer un but assez vaste à la vie, ce but ne doit être identique à aucune catégorie de la vie consciente ; il doit, au contraire, les expliquer toutes comme des moyens pour le réaliser… »

« Le défaut fondamental c’est de considérer la conscience, au lieu d’y voir un instrument et un cas particulier dans la vie générale. »

« L’accroissement fait partie du concept de la chose vivante ; ce qui est vivant doit augmenter sa puissance et absorber par conséquent des forces étrangères. »

« Si le monde avait un but, il faudrait que ce but fût atteint. S’il existait pour lui une condition finale non prévue, il faudrait que cette condition finale fût atteinte également. S’il était capable de persévérer et de persister, capable d’“être”, si, au cours de son devenir, il possédait, ne fût-ce que pendant un seul instant, cette faculté d’“être”, c’en serait encore fait depuis longtemps de tout devenir, donc aussi de toute pensée, de tout “esprit”. Le fait même que l’“esprit” est un devenir démontre que le monde n’a point de but, point de condition finale, qu’il est donc incapable d’“être”. »

« Je voudrais que l’on commençât par s’estimer soi-même : tout le reste découle de là. Il est vrai qu’ainsi on cesse d’exister pour les autres : car c’est la dernière chose qu’ils vous pardonnent. »

Henri Poincaré, La Science et l’Hypothèse.

« Douter de tout ou tout croire, ce sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. »

« […] ce qu’elle (la science) peut atteindre, ce ne sont pas les choses elles-mêmes […], ce sont seulement les rapports entre les choses ; en dehors de ces rapports, il n’y a pas de réalité connaissable. »

« Ce cadre où nous voulons tout faire rentrer, c’est donc nous qui l’avons fait ; mais nous ne l’avons pas fait au hasard, nous l’avons fait pour ainsi dire sur mesure et c’est pour cela que nous pouvons y faire rentrer les faits sans dénaturer ce qu’ils ont d’essentiel. »

 « L’expérience est la source unique de la vérité : elle seule peut nous apprendre quelque chose de nouveau ; elle seule peut nous donner la certitude. »

« Nous n’avons […] pas à nous demander si la nature est une, mais comment elle est une. »

« […] l’observation nous révèle tous les jours des phénomènes nouveaux ; il faut qu’ils attendent longtemps leur place et quelquefois, pour leur en faire une, on doit démolir un coin de l’édifice. »

« L’une des découvertes les plus étonnantes que les physiciens aient annoncées dans ces dernières années, c’est que la matière n’existe pas. […] L’attribut essentiel de la matière, c’est sa masse, son inertie. La masse est ce qui partout et toujours demeure constant, ce qui subsiste quand une transformation chimique a altéré toutes les qualités sensibles de la matière et semble en avoir fait un autre corps. Si donc on venait à démontrer que la masse, l’inertie de la matière ne lui appartiennent pas en réalité, que c’est un luxe d’emprunt dont elle se pare, que cette masse, la constante par excellence, est elle-même susceptible d’altération, on pourrait bien dire que la matière n’existe pas. »

Arthur Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie.

« Aussi les mêmes circonstances, les mêmes événements extérieurs, affectent-ils chaque individu tout différemment, et, quoique placés dans un même milieu, chacun vit dans un monde différent. Car il n’a directement affaire que de ses propres perceptions, de ses propres sensations et des mouvements de sa propre volonté : les choses extérieures n’ont d’influence sur lui qu’en tant qu’elles déterminent ces phénomènes intérieurs. Le monde dans lequel chacun vit dépend de la façon de le concevoir, laquelle diffère pour chaque tête ; selon la nature des intelligences, il paraîtra pauvre, insipide et plat, ou riche, intéressant et important. Pendant que tel, par exemple, porte envie à tel autre pour les aventures intéressantes qui lui sont arrivées pendant sa vie, il devrait plutôt lui envier le don de conception qui a prêté à ces événements l’importance qu’ils ont dans sa description. »

« Il est donc facile de voir clairement combien notre bonheur dépend de ce que nous sommes, de notre individualité, tandis qu’on ne tient compte le plus souvent que de ce que nous avons ou de ce que nous représentons. »

« Ainsi, la condition première et la plus essentielle pour le bonheur de la vie, c’est ce que nous sommes, c’est notre personnalité ; quand ce ne serait déjà que parce qu’elle agit constamment et en toutes circonstances, cela suffirait à l’expliquer, mais en outre, elle n’est pas soumise à la chance comme les biens des deux autres catégories, et ne peut pas nous être ravie. »

« Tout ce que nous pouvons faire à cet égard, c’est d’employer cette personnalité, telle qu’elle nous a été donnée, à notre plus grand profit ; par suite, ne poursuivre que les aspirations qui lui correspondent, ne rechercher que le développement qui lui est approprié en évitant tout autre, ne choisir, par conséquent, que l’état, l’occupation, le genre de vie qui lui conviennent. »

« L’homme intelligent aspirera avant tout à fuir toute douleur, toute tracasserie et à trouver le repos et les loisirs ; il recherchera donc une vie tranquille, modeste, abritée autant que possible contre les importuns ; après avoir entretenu pendant quelque temps des relations avec ce que l’on appelle les hommes, il préférera une existence retirée, et, si c’est un esprit tout à fait supérieur, il choisira la solitude. Car plus un homme possède en lui-même, moins il a besoin du monde extérieur et moins les autres peuvent lui être utiles. Aussi la supériorité de l’intelligence conduit-elle à l’insociabilité. »

« L’homme ordinaire ne se préoccupe que de passer le temps, l’homme de talent que de l’employer. »

« Aristote a dit : “Le bonheur appartient à ceux qui se suffisent à eux-mêmes”. En effet, toutes les sources extérieures du bonheur et du plaisir sont, de leur nature, éminemment incertaines, équivoques, fugitives, aléatoires, partant sujettes à s’arrêter facilement même dans les circonstances les plus favorables, et c’est même inévitable, attendu que nous ne pouvons pas les avoir toujours sous la main. »

« Ce que nous représentons, ou, en d’autres termes, notre existence dans l’opinion d’autrui, est, par suite d’une faiblesse particulière de notre nature, généralement beaucoup trop prisé, bien que la moindre réflexion puisse nous apprendre qu’en soi cela est de nulle importance pour notre bonheur. »

« Ce qui d’autre part rend encore les hommes sociables, c’est qu’ils sont incapables de supporter la solitude et de se supporter eux-mêmes quand ils sont seuls. C’est leur vide intérieur et leur fatigue d’eux-mêmes qui les poussent à chercher la société, à courir les pays étrangers et à entreprendre des voyages. »

« Les événements et les affaires qui nous concernent se produisent et se succèdent isolément, sans ordre et sans rapport mutuel, en contraste frappant les uns avec les autres et sans autre lien que de se rapporter à nous. »

« Nous devons avoir, pour ainsi dire, des compartiments pour nos pensées, et n’en ouvrir qu’un seul pendant que tous les autres restent fermés. Nous y trouvons cet avantage de ne pas gâter tout petit plaisir actuel et de ne pas perdre tout repos par la préoccupation de quelque lourd souci. »

« Nul ne peut voir par-dessus soi. Je veux dire par là qu’on ne peut voir en autrui plus que ce qu’on est soi-même, car chacun ne peut saisir et comprendre un autre que dans la mesure de sa propre intelligence. »

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Arthur Schopenhauer, De la quadruple racine du principe de raison suffisante.

« Rien n’est sans une raison d’être. »

« Toutes nos représentations sont objets du sujet, et tous les objets du sujet sont nos représentations. »

« Le temps n’est perceptible qu’autant qu’il est rempli, et sa continuité ne l’est que par la variation de ce qui le remplit. La permanence d’un objet ne peut donc être reconnue que par le contraste du changement d’autres objets coexistant. »

« En dehors de son rapport au sujet, l’objet cesse d’être objet, et que, si on lui enlève ce rapport ou si l’on en fait abstraction, on supprime du même coup toute existence objective. »

« Lorsqu’un ou plusieurs objets réels passent à un nouvel état, celui-ci doit avoir été précédé d’un autre auquel il succède régulièrement, c’est-à-dire toutes les fois que le premier existe. Se “suivre” ainsi s’appelle “s’ensuivre” ; le premier état se nomme la cause, et le second l’effet. »

« Aussi la loi de la causalité se rapporte-t-elle exclusivement à des changements et n’a affaire qu’à eux. Tout effet est, au moment où il se produit, un changement, et, par là même qu’il ne s’est pas produit avant, il nous renvoie infailliblement à un autre changement qui l’a précédé et qui est cause par rapport au premier ; mais ce second changement, à son tour, s’appelle effet par rapport à un troisième dont il a été nécessairement précédé lui-même. »

« La cause est également un changement ; d’où il résulte que toute cette opération n’est simplement que l’enchaînement non interrompu des changements se succédant dans le temps. »

« La substance est permanente : c’est-à-dire, elle ne peut ni naître ni périr ; conséquemment, la quantité qui en existe au monde ne peut ni augmenter ni décroître. »

« Voilà pourquoi on ne peut pas percevoir la matière, on ne peut que la penser ; elle est quelque chose que l’on ajoute par la pensée, comme fondement à toute réalité. »

« C’est aussi pourquoi la loi de causalité ne peut être appliquée à la matière : cela veut dire que celle-ci ne peut être ni créée ni détruite ; elle est et elle persiste. »

« Le principe de la raison suffisante en général est l’expression, placée au plus profond de notre faculté de connaissance, de la forme fondamentale d’une liaison nécessaire entre tous nos objets, c’est-à-dire de la forme des représentations ; il est la forme commune de toutes les représentations et l’origine unique de la notion de nécessité qui n’a d’autre contenu et d’autre valeur que la production de l’effet quand sa cause est donnée. »

« La vérité est donc le rapport entre un jugement et quelque chose qui en diffère et que l’on nomme son principe ou sa raison. »

« Plus les hommes deviennent incapables de croire, plus le besoin d’acquérir des connaissances grandit. A l’échelle du développement intellectuel, il existe un point d’ébullition où toute croyance, toute révélation, toute autorité s’évaporent ; où l’homme aspire à voir par lui-même et où il demande qu’on l’instruise, mais qu’on le convainque aussi. »

« Toute connaissance suppose nécessairement un sujet et un objet. Il en résulte que même la conscience de soi n’est pas absolument simple ; elle se décompose, tout comme la conscience du monde extérieur (c’est-à-dire la faculté de perception), en quelque chose qui connaît et quelque chose qui est connu. Dans la présente classe, ce qui est connu se présente toujours et exclusivement comme volonté. »

« En conséquence, le sujet ne se connaît que comme voulant, mais non comme connaissant. Car le moi qui se représente, le sujet connaissant, ne peut jamais être lui-même représentation ou objet, parce que, étant le corrélatif nécessaire de toutes les représentations, il est leur condition même. »

« Il n’existe donc pas de connaissance de la connaissance ; car il faudrait pour cela que le sujet se séparât de la connaissance et pût néanmoins connaître la connaissance, ce qui est impossible. »

« Ce que nous connaissons en nous, en tant qu’objet de connaissance, ce n’est pas le sujet qui connaît, mais le sujet qui veut, le sujet de la volition, la volonté. »

« La motivation est la causalité vue de l’intérieur. »

« Vu que tout instant présent a pour condition l’instant précédent et, est lui-même la condition du suivant ; le temps ne peut donc avoir ni commencement ni fin. »

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Arthur Schopenhauer, Essai sur le libre arbitre.

« Le concept de la liberté, à le considérer exactement, est négatif. Nous ne nous représentons par-là que l’absence de tout empêchement et de tout obstacle. »

« Quand un homme veut, il veut aussi quelque chose : sa volition a toujours quelque objet vers lequel elle tend, et ne peut être pensé qu’en rapport avec cet objet. »

« Tu peux, il est vrai, faire ce que tu veux : mais à chaque moment déterminé de ton existence, tu ne peux vouloir qu’une chose précise et une seule, à l’exclusion de toute autre. »

« Il convient maintenant de nous rappeler ce qu’est une cause en général : la modification antécédente qui rend nécessaire la modification conséquente. Jamais aucune cause au monde ne tire son effet entièrement d’elle-même, c’est-à-dire ne le crée ex nihilo. Il y a toujours une matière sur laquelle elle s’exerce, et elle ne fait qu’occasionner à un moment, en un lieu, et sur un être donné, une modification qui est toujours conforme à la nature de cet être, et dont la possibilité devait donc préexister en lui. Par conséquent chaque effet est la résultante de deux facteurs, un intérieur et un extérieur : l’énergie naturelle et originelle de la matière sur laquelle agit la force en question, et la cause déterminante, qui oblige cette énergie à se réaliser, en passant de la puissance à l’acte. Cette énergie primitive est présupposée par toute idée de causalité et par toute explication qui s’y rapporte aussi une explication de ce genre, quelle qu’elle soit, n’explique jamais tout, mais laisse toujours en dernière analyse quelque chose d’inexplicable. »

« Une cause suffisante est aussi une cause nécessaire. D’où il est manifeste que tout ce qui est produit, est produit nécessairement. Car toute chose qui est produite a eu une cause suffisante, sans quoi elle n’aurait pas été produite : et c’est pourquoi aussi les actions volontaires sont nécessitées. »

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Arthur Schopenhauer, Le fondement de la morale.

« Le seul univers que chacun de nous connaisse réellement, il le porte en lui-même, comme une représentation qui est à lui ; c’est pourquoi il en est le centre. Par suite encore, chacun à ses yeux est le tout de tout : il se voit le possesseur de toute réalité ; rien ne peut lui être plus important que lui-même. »

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