Le livre numérique a déjà une longue histoire. Au départ, il a évidemment été regardé d’un œil suspect par les maisons d’édition. La nouveauté fait toujours frémir, surtout qu’à l’origine c’est Amazon, qu’il est bon de considérer comme le méchant, qui a fait la promotion de cette forme de lecture. Avec une liseuse à prix assez bas, et surtout des livres à télécharger pour un budget minime. En plus, ce sont les autoédités qui les premiers se sont engouffrés dans la brèche. Rien ne jouait donc en faveur du livre numérique. On a essayé de tuer l’innovation dans l’œuf, en France, les autres pays ont été moins fébriles. Le procédé était simple : quand on propose une version dématérialisée à 15 euros, c’est dissuasif, autant acheter le papier. Ou surtout, autant attendre la version Poche. Car c’est encore le cas aujourd’hui, en France une version papier au format Poche coûte moins cher qu’une version digitale. Pour ce qui concerne les grosses maisons d’édition…

Ensuite il y a rapidement eu la Kobo, liseuse à l’origine canadienne (c’est déjà mieux pour les Français) et qui s’est associée à la Fnac. Et enfin, il y a eu la liseuse française, Vilvio. Mais les prix n’ont pas bougé. Alors évidemment, on en conclut que le livre numérique n’intéresse pas les Français. C’est une fausse perception, si la version numérique coûtait moins de dix euros, l’écart avec la version papier deviendrait intéressant et beaucoup se convertiraient. Ce qui ne serait pas à l’avantage des libraires, qui ont du mal à trouver leur place avec ce nouveau modèle. Mais même sans statistiques précises, gageons que la liseuse et les livres numériques s’adressent surtout aux grands lecteurs, qui dévorent les romans, et veulent multiplier les lectures sans non plus se ruiner. Sans parler d’autres avantages du numérique, comme de pouvoir transporter des dizaines de livres dans sa poche et de ne pas avoir à acheter un plus grand appartement pour ranger les versions papier dans d’interminables bibliothèques.

Quel serait le juste prix pour un livre en version numérique ? Le débat a fait rage au début, dans les cercles que cela intéresse. Les autoédités, premiers à utiliser ce moyen pour se faire connaître, peuvent proposer leurs ouvrages à 2,99 ; 4,99 ou même 0,99 euros sans aucun problème. Tout de même, il y a une question de crédibilité, un livre à moins de un euro peut semer le doute quant à sa qualité. Disons que jusqu’à 5 euros, lectrices et lecteurs sont enclins à prendre le « risque » de découvrir des auteurs indépendants. Une maison d’édition pourrait-elle faire de même ? En théorie, oui. Ces dernières arguent souvent que la transformation d’un livre en fichier numérique a un coût. Les autoédités rigolent. Pourtant, c’est vrai, il y a un coût en temps et en manipulations techniques. Car s’il est assez simple de publier sur Amazon (KDP) ou Kobo, il devient plus technique de proposer la version numérique sur toutes les plateformes qui existent, et la liste est longue.

Les autoédités ont donc un avantage, puisqu’ils récupèrent les droits directement, n’ont pas à payer un prestataire pour la version numérique, ni un diffuseur, ni un distributeur. La maison d’édition a tous ces frais, doit garantir un certain montant de droits d’auteur et bien sûr penser à sa marge. Autant dire qu’avec un prix de 15 euros, auteurs et maisons d’édition sont largement gagnants. Mais quel est le prix idéal ? Psychologiquement, plus de dix euros pour un fichier numérique, c’est dissuasif. On oscille donc entre 5 et 9 euros. Aux États-Unis, la plupart des e-books de maisons d’édition sont à 6,99 euros. En France nous avons encore un peu de mal, toujours psychologiquement, car cela ferait moins cher qu’une version Poche. Disons que 8,99 euros est acceptable pour tout le monde…

Il y a donc encore des efforts à faire, en France, pour rendre le livre numérique attractif, par son prix. Il a connu un regain d’intérêt pendant le confinement, lorsque les librairies étaient fermées. L’idéal serait de trouver un juste équilibre, pour ne pas ébranler le système, préserver les libraires et quand même permettre à ceux qui apprécie la lecture digitale d’accéder à tous les livres sans se ruiner. Une équation compliquée, surtout lorsqu’on n’y met aucune bonne volonté. Le numérique ne tuera pas le livre papier, quoi qu’il arrive et contrairement à ce que l’on croyait au début. Sauf si un jour l’écologie s’en mêle, mais là il faudrait des études sérieuses. Le livre papier, ce sont des arbres abattus ; le numérique, ce sont des millions de données qui ont aussi un coût carbone. Mais il ne faut pas négliger le livre numérique. Tout n’est pas qu’économie, dans un monde idéal éditeur et libraires ne veulent qu’une chose : permettre au maximum de personnes de pouvoir lire ce que bon leur semble, comme bon leur semble…

Lisez-vous des livres numériques ? Quel est pour vous le prix plancher au-delà duquel vous n’achetez pas ? (pour un e-book d’une maison d’édition, les autoédités nous l’avons vu ont déjà tiré leur épingle du jeu)

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