Cette « histoire est d’une certaine façon unique et appelle à une autre forme d’introduction ». Ainsi débute la chanson Threatened, la seizième et dernière de l’album Invincible, de Michael Jackson. On y reconnaît bien évidemment la voix de Rod Serling, de la série The Twilight Zone. Pourquoi je vous en parle ? Parce que ce blog est un peu spécial. Sans doute que l’aventure qui va suivre a déjà été vécue, je ne sais pas si elle a été racontée en temps réel (je ne prétends pas avoir tout lu). C’est l’histoire d’un auteur, devenant secrétaire général de la Société littéraire de La Poste pour aider à la mise en place d’une maison d’édition : Souffles Littéraires. Jusqu’au jour où l’un de ses livres est en passe d’être publié par cette même maison d’édition. Il s’agit donc d’un blog narrant l’histoire des deux côtés d’une aventure exceptionnelle : ce qu’il se passe du côté éditeur et ce que vit l’auteur. Je vous propose de découvrir les deux mondes simultanément…

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La signature du contrat

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Nous sommes le 31 août 2021, qui marquera le début de l’histoire, puisqu’il s’agit de la date de la signature du contrat d’édition. Évidemment, tout commence bien avant. D’ailleurs, cette première partie ne pourra pas vraiment faire la distinction entre le côté éditeur et celui de l’auteur, ce sera plus clair par la suite. Comment fonctionnent les éditions Souffles Littéraires ? Je ne refais pas toute l’histoire, puisque j’ajoute les liens vers les différents sites qui l’expliquent. Là, je vais me focaliser sur la manière de gérer la réception des manuscrits. Ils sont envoyés par les auteurs grâce au formulaire en ligne. Nous préférons que tout passe par des fichiers, car le comité de lecture est composé d’adhérents de la Société littéraire répartis sur l’ensemble du territoire français. Ainsi, il est plus simple de transmettre des fichiers que d’imprimer chaque manuscrit.

Mettons tout de suite fin à la suspicion puisque depuis le début de la lecture vous imaginez que c’est facile pour l’un des membres de la maison d’édition de se faire éditer par cette maison d’édition. Eh bien en fait, non. Les manuscrits sont réceptionnés par une seule personne qui anonymise les fichiers avant de les transmettre à des membres du comité de lecture. Comme les éditions Souffles Littéraires s’ouvrent à tous les genres, les manuscrits sont confiés aux lectrices et lecteurs qui sont susceptibles d’apprécier, selon chaque affinité, un roman policier, fantasy, un recueil de poèmes, une pièce de théâtre… C’est une chance d’avoir l’aide des adhérents de la Société littéraire dont les goûts sont variés et où chaque manuscrit peut trouver son public pour une critique juste et argumentée. Donc, j’ai quand même tenté le coup, en proposant cinq de mes manuscrits. Ils ont été anonymisés et finalement, c’est Michael : Invisible qui a remporté l’adhésion du comité de lecture. Pour la petite histoire, je pensais qu’Esprit es-tu là ? ferait l’unanimité, mais non ! Je ne me suis pas envoyé la lettre de refus à moi-même…

Ce n’est pas simple d’affronter son propre comité de lecture et de lire les avis impartiaux de ces lectrices et lecteurs ne sachant pas qu’ils me retournaient des avis sur mes manuscrits. Une expérience difficile, mais intéressante, parce qu’il faut toujours essayer de positiver. Donc non, je n’ai pas le pouvoir d’imposer l’un de mes écrits. La sélection est trop stricte, la maison d’édition ne publie que peu d’ouvrages chaque année. Donc évidemment, difficile d’avoir bonne conscience si j’avais dû faire passer un de mes manuscrits au détriment de celui d’un autre auteur… Ainsi, me faire accepter par la maison d’édition dans laquelle je travaille m’a procuré le même plaisir que lorsque Le Musée des Amours Lointaines a été sélectionné pour être publié par Les Nouveaux Auteurs… en 2008 !

Dans cette histoire, il y a quand même un avantage. Normalement, une fois l’auteur contacté, nous lui envoyons un exemplaire du contrat pour qu’il ou elle prenne le temps de le lire et de nous poser des questions. Le contrat a été rédigé par une avocate spécialisée, il fait quand même onze pages, avec les termes juridiques qui ne sont pas toujours compréhensibles au premier abord. Cette étape n’a pas été nécessaire puisque j’ai participé à la rédaction de ce contrat, je le connais bien ! Et si déjà plusieurs auteurs nous ont fait confiance, c’est que ce contrat est avantageux pour eux. Souffles Littéraires est une maison d’édition associative, qui est là pour les auteurs avant tout. Ainsi, inutile de lire le contrat, je le connais déjà, il ne restait plus qu’à signer.

 

Je suis très heureux que Michael : Invisible ait été apprécié et choisi. C’est un livre très particulier pour moi et j’aurai l’occasion d’en reparler. Je ne pensais pas qu’il attirerait tant l’attention, il est quand même spécial… Mais c’est l’esprit que nous avons insufflé à la maison d’édition : une grande ouverture et pourvu que ce soit un coup de cœur, on se lance dans l’aventure avec l’auteur. Une diversité qui peut perdre les lecteurs, la ligne éditoriale étant : les manuscrits que l’on aime. On trouve alors un recueil de nouvelles très axé sur le football, un autre à la dimension historique, un thriller, un roman d’espionnage, un récit de voyage, un livre de fantasy, une pièce de théâtre, un recueil de poèmes, et des romans aux sujets très différents, mais aussi un conte pour enfants…

Le soir même, cette signature a été fêtée au champagne ! Parce qu’il faut se réjouir de toute bonne nouvelle et de toute étape franchie. Dès le lendemain, sobre, je travaillais sur les prochaines publications, d’autres auteurs. C’est ce que je trouve merveilleux. Pouvoir travailler avec des talents vraiment exceptionnels, parce que oui j’aime tous les livres que nous publions. Ce sont des heures passées pour chacun, je ne pourrais pas me concentrer sans aimer chaque livre qui passe entre mes mains. Et maintenant, faire aussi partie des auteurs… C’est une aventure étrange, mais quelle chance ! Parce qu’à partir de ce moment, je fais réellement partie intégrante de la totalité du processus d’édition. Je suis aux côtés de nos auteurs et en même temps l’un des leurs. C’est encore difficile à décrire comme sensation, mais au fil de ce blog certaines choses vont s’éclaircir. Car la signature du contrat n’est que la toute première étape. Je sais déjà ce qui m’attend, je l’ai vécu avec les auteurs. Mais là, les rôles vont s’entremêler, nous verrons quel effet cela aura…

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Premier retour des corrections

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8 novembre 2021 : premier retour du manuscrit, car aux éditions Souffles Littéraires les corrections se déroulent sur un temps long. Elles sont au cœur du projet d’édition, cela devrait sembler logique mais ce n’est pas le cas partout. Si le manuscrit a été accepté, c’est que bien sûr l’histoire a plu. Mais ensuite, il faut passer par le processus des corrections pour le rendre encore meilleur et avant de le proposer aux lectrices et aux lecteurs il faut que tout soit parfait. Dans ce domaine, nous faisons confiance à La Plume Amie, qui réalise sur chaque manuscrit un travail phénoménal. J’avoue que nous sommes toujours épatés, non pas seulement par les corrections orthographiques, grammaticales et syntaxiques. Ce correcteur professionnel maîtrise l’ensemble de chaque texte qui lui est proposé pour en relever les éventuelles incohérences, imprécisions et pour proposer des pistes d’amélioration.

Il est naturel que chaque auteur pense avoir écrit la perfection. Nous avons tous ce sentiment une fois que le point final a été tapé. Car pour arriver à ce point final, il y a déjà eu un énorme travail de création. La première rédaction du roman, les relectures, les transformations, parfois la réécriture complète. On ne propose pas un manuscrit qui, du côté de l’auteur, ne semble pas terminé. Alors on se convainc que le travail est terminé et que l’on peut le publier. Et puis, le manuscrit est passé entre les mains de la famille et des amis. Des aides indispensables non seulement pour avoir des premiers avis, mais aussi des critiques qui permettent de mettre en évidence les lacunes d’un récit que l’auteur, trop habité par son œuvre, ne peut plus voir. Il en va bien sûr ainsi de Michael : Invisible, que je considérais comme achevé. Il a d’ailleurs eu droit à son auto-publication. Il a rencontré son public. Il a reçu de nombreuses très bonnes critiques…

Pour l’auteur, le retour des corrections peut donc être un choc. Dans un premier temps du moins. Heureusement, ayant aussi le point de vue de l’éditeur, j’ai vu La Plume Amie à l’œuvre avec les nombreux autres livres que nous avons déjà publiés chez Souffles Littéraires. Je m’attendais donc à un gros travail de corrections. D’ailleurs, j’ai relu Michael : Invisible entre-temps et j’y ai moi-même déjà noté des lacunes. Un roman n’est, pour son auteur, jamais vraiment terminé. Un jour il faut bien le publier, mais le reprendre entièrement des années plus tard est une expérience enrichissante. Puisque le temps a fait son œuvre, le style s’est modifié, on relit avec tout ce qu’on a appris en écrivant d’autres livres. Soudain, ce qui paraissait excellent à une époque semble moyen… Chaque livre est ce que l’on écrit de mieux à un moment de notre vie, la question se pose donc de savoir s’il faut tout modifier des années plus tard ou simplement se dire que le livre représente ce qui se faisait de mieux à un instant donné ? On ne peut évidemment pas revenir sans cesse sur le travail déjà accompli, puisqu’il y a des nouvelles œuvres à écrire.

Bien sûr, l’étape de l’édition, à compte d’éditeur, est l’occasion de revoir totalement le manuscrit. Toujours avec l’aide du correcteur et les avis de l’éditeur. Donc Michael : Invisible est revenu de ce premier round des corrections avec beaucoup, mais vraiment beaucoup de commentaires. En tant qu’auteur, il faut accuser le coup : le roman n’est pas encore parfait. Le travail à fournir reste énorme alors que l’écriture a déjà pris beaucoup de temps. Le premier réflexe est humain, il est de se dire que le correcteur a tort, qu’il est allé trop loin, que l’histoire était déjà géniale et qu’il n’y a pas autant de choses à revoir. Et puis, je lis le mail de La Plume Amie qui accompagne le fichier avec les corrections. Puisqu’avec ce correcteur, il n’y a rien de brutal, il prend le temps d’expliquer le pourquoi de toutes ses remarques, quelles sont les lacunes du texte, ce sur quoi il faut se focaliser et ce qui manque pour en faire un excellent roman. Ce dernier point, ce sont des encouragements, bienvenus pour donner du courage à l’auteur, le courage de se lancer dans les corrections.

Parce qu’évidemment, la vue d’ensemble donne l’impression qu’il faudra à peu près six ans pour faire le tour des modifications et remanier le texte… Après réception des corrections, j’ai laissé passer une journée, il ne sert à rien de se lancer bille en tête dans les remaniements. D’abord l’auteur doit faire un travail d’acceptation, accepter que son texte qu’il considérait comme parfait doit être amélioré. Accepter que la perfection nécessite d’être retravaillée, ce n’est pas simple ! Et puis, comme les corrections sont argumentées, toujours expliquées, je découvre bien sûr, au fur et à mesure, que le correcteur a raison. Enfin ce n’est pas tout à fait cela, l’auteur a bien évidemment toujours la main et le dernier mot. Mais La Plume Amie voit ce que l’auteur, trop imprégné de son texte, ne peut plus remarquer. À ce stade, j’ai commencé à reprendre les corrections. Un travail long, assez fastidieux, mais passionnant. Car effectivement, Michael : Invisible peut devenir meilleur et en tant qu’auteur, ce qui me plaît le plus, c’est que j’ai vraiment l’impression de progresser. Les commentaires sont justes, sensibles, bien développés. Il n’y a pas que des remarques sur le texte lui-même, mais aussi sur les subtilités de la langue française, changer un seul mot peut magnifier un passage entier. C’est un enrichissement à la fois dans une forme de réapprentissage du français (on oublie pas mal de règles en cours de route), d’amélioration de son propre style (l’auteur grade le sien mais l’affine grâce au correcteur). Rapidement, l’inspiration se remet à fonctionner. Je replonge dans Michael : Invisible avec plaisir pour que ce roman que j’aime tout particulièrement devienne encore plus beau.

J’aimerais que tout soit fini avant de commencer, on a tous ce genre d’envie. Mais le travail s’annonce passionnant, je continuerai à vous en parler.

2 commentaires

  1. Souhaitons un grand succès à Michael Invisible !

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